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Version 2.1 & 2.2 - Avril 2020

 

PRESENCE vs EXISTENCE vs REPRESENTATION.

Abstract: La 'présence' et 'l'existence' semblent se disséminer dans le monde selon des lois différentes.Toute l'étoffe de l'Histoire politique, culturelle et matérielle du monde est affectée bien plus par des effets de présences que des effets d'existences mais, etc.

(Le sujet est complexe; je dois diviser l'étude en trois parties...)

Première partie – De l'atome à l'athom

(Sur les liens entre la géométrie, la mécanique et la vie)

Le trou

Je ne suis qu'un potache, je le sais. Je devrais aller étudier tel ou tel sabir chinois et entrer par le porche d'entrée dans la cour des grands plutôt que de me coincer le cou dans les trous du mur pour voir mal ce qui m'intéresse beaucoup. Mais je ne suis tellement ...paresseux.
Ces grands là, ils forcent ma curiosité voire mon admiration... Et puis, parfois, ils sont tellement bizarres; ils m'attirent autant que les monstres! Tenez; du haut de mon trou, j'entendais hier un étudiant en mathématiques qui s'entichait d'expliquer à un étudiant en philo qu'une tasse de café, c'est, à quelques grandeurs près, la même chose qu'un donut...

"Mais – continuait-il – une tasse de café, c'est tout autre chose qu'une bouteille de vin qui, elle, à quelques grandeurs près, peut se confondre avec un ballon de foot... Bin oui, il y a un trou ou il n'y en a pas; une cavité, ce n'est pas un trou! Il suffit d'étirer convenablement les surfaces de la tasse pour faire disparaître sa cavité mais pour faire disparaître le trou de l’anse, c'est la surface même qui est mise en péril. Passer du donut à la tasse, OK; mais de la bouteille à la tasse, je n'y arriverai pas sans faire de casse... CQFD."

De l'autre trou, celui du mur, juste au-dessus de leurs têtes, je n'ai pas pu m'empêcher de délier ma langue de crapaud:

"Alors un homme, c'est un donut? ...Bin oui, sa bouche va jusqu'à son trou du cul ...et si je lui couds le cul ça va aussi faire de la casse!"

Le donneur de leçons a rougi. L'autre a ri à s'en éclater la rate en expliquant qu'il comprenait enfin pourquoi Lacan s'intéressait tant à la topologie... (Ça, je n'ai pas vraiment vu le rapport – on est potache ou on ne l'est pas – mais peu importe.)
Manifestement, il y a des savants qui n'ont pas peur du ridicule. J'aime cela; c'est toujours le signe d'une certaine liberté intérieure. Il y a un peu de chair de potache dans celle des grands matheux.
Les physiciens aussi sont forts dans le genre; j'entendais l'autre jour celui qu'on a surnommé "Monsieur Relativité", un fan d'Einstein, cuistre à ses heures mais très gentil quand même, j'entendais donc "Monsieur Relativité" affirmer noir sur blanc que le temps n'existe pas puisque, etc.

Maintenant, tout potache que je suis, ignorant donc tout des finasseries de la sinologie et de l'égyptologie, j'ai pour moi le bon sens de tous les cancres, de tous les fermiers et de toutes les bonniches de la planète. J'ai donc été troublé comme (presque) tout le monde par ce rapprochement établi entre le donut et le corps des hommes, tant il est vrai que changer des quantités, ce n'est pas vraiment changer des qualités.

Toute personne de bonne volonté répugnerait à dire qu'un homme n'est plus un homme simplement parce qu'il est trop gros ou trop petit, ...ce qui est une autre manière de dire qu'il est donut ou ne l'est pas, qu'il ne l'est probablement pas, mais qu'il n'est certainement pas les deux en même temps. Enfin... Vous voyez ce que je veux dire.

*

Je ruminais cette manière étrange de comprendre mon corps et, sans l'aide de la sinologie, j'en suis arrivé à soupçonner que tous ces trous qui prétendent séparer "qualitativement" (et non pas "quantitativement") les objets plongés dans l'étendue, sont surtout liés à la précision des descriptions; l'homme confondu avec le donut, c'est acceptable uniquement lorsqu'on voit mal (ou lorsqu'on ne veut pas voir) que cet homme, il pisse aussi. On peut tourner la caméra dans tous les sens, l'existence des urinoirs laisse penser qu'il n'y avait pas assez de pixels dans le cliché qui a servi le raisonnement de mon matheux-donut. Je vais lui offrir une meilleure caméra; je veux qu'il comprenne qu'un homme, un vrai, nous cache manifestement d'autres trous que son cul.

Un trou (et, plus largement, un angle, une concavité...) cela se pense dans la sphère des lignes, des surfaces ou des volumes "continus" (indéfiniment divisibles sans perte de continuité) et, a priori, cela n'a rien à voir avec les pixels des photos qui tentent de nous représenter ce qui est troué (ou anguleux ou concave...). Une résolution de pixels, contrairement au trou, c'est une mesure (quantitative) de la qualité de la caméra, pas de ce que la caméra observe... enfin... de ce qu'elle croit observer, de ce qu'elle considère comme son extérieur... Dans ce genre d'approche ultra simplifiée du réel, ce ne sont pas les pixels mais des trous qui permettent de distinguer ou confondre qualitativement ballons, donuts, et corps humains. Mais le nombre de trous (quantitatif) contribue à distinguer ballon, donut et corps humain... Et c'est le nombre de pixels qui permet de repérer et de compter les trous, ...ou d'en ignorer l'existence. Entre le trou et le pixels, entre le "qualitatif" et le "quantitatif", c'est toujours: "Je te tiens, tu me tiens par la barbichette...". Prudence donc; ici le bon sens côtoie les abysses!

Le curseur

La résolution de la caméra, c'est comme un curseur: barre à tribord, et me voilà dans un monde ultrasimple avec très peu de choses différentes à l'intérieur... Barre à bâbord, et j'entre dans un monde ultra-complexe, plein de trucs irréductibles les uns aux autres.
Ce curseur qui relie le nombre de pixels et le nombre de trous, c'est le vers dans le fruit: une source intarissable de contingences dans les bla-bla de la cour des grands...

Pour le dire vite, entre Aristote et Copernic, les gens qui faisaient profession de penser aimaient surtout pousser le curseur bâbord. On étoffait ainsi plus et plus la liste des choses irréductibles les unes aux autres au point de se perdre dans un brouillard de subtilités "substantielles" sans prendre assez en compte des filiations qui sont plus évidentes pour le géomètre.
A la fin du Moyen Âge, en Europe, la mode change. Ce qui est très "tendance", c'est de pousser le curseur plutôt dans l'autre sens. De moins en moins de trous donc. De moins en moins de choses différentes.

Poussant le curseur jusqu'au risque de s'y dissoudre eux-mêmes, les plus grands de la cour des grands ont tenté de voir à quoi pouvait bien ressembler un monde où les qualités se réduiraient à des qualités élémentaires, irréductibles, primales... Des "points matériels" (de la taille des pixels de la caméra ou moins que cela) qui se déplacent dans de l'étendue...
Cette nouvelle génération va donc aborder le monde à partir de critères plus universellement partagés: ils vont, autant que faire se peut, ne pas prendre en considération les trous parce que ce qui restera est commun à tout. Ils ne renoncent pas aux 'détails' mais ils renoncent à partir de ces 'détails' pour décrire le monde.

Ces 'détails' (les trous), certains espéraient bien pouvoir les reconstruire plus tard, en faisant varier la densité de ces "points matériels" (sans trou) en telle ou telle zone de l'étendue. Une bonne connaissance de l'étendue (géométrie) et du code de la route qui organisent les mouvements de ces "points matériels" devrait alors suffire pour comprendre ...tout!
Un "monde légo" donc, fait d'un nombre énorme de pièces en mouvement se partageant des places rendues disponibles par une combinatoire que les géomètres et les légistes allaient étudier... L'acte de naissance d'une mécanique universelle. L'espoir qu'avec des briques de légo monochromes on pourrait reconstruire toutes les couleurs!


*

Il n'y a plus qu'un réquisit supplémentaire pour être admis dans la secte des réductionnistes: ne plus espérer mais être certain que l'on pourrait tout reconstruire avec du légo et de l'étendue!

"- Avec du légo on peut faire des fenêtres et des ponts; c'est comme des trous, non?!" aiment-ils dire pour nous aguicher.

Les réductionnistes ne disent donc pas qu'il n'y a pas de trous. Ils disent plutôt qu'un trou c'est le nom donné à une disposition particulière d'un ensemble de "points matériels" dans l'étendue immatérielle (géométrie). Leur monde est fait de "points matériels" et de "points immatériels". Les choses qui habitent le monde sont des noms donnés à des variations localisées de densités de "points matériels" et les trous sont pleins de "points immatériels".

Plus tard, lorsqu'ils recentreront leurs réflexions non plus tant sur les relations qu'entretiennent les points avec les référentiels que sur ces relations que peuvent ou ne peuvent pas entretenir les distances entre les points, les savants n'auront même plus besoin de "l'immatérialité" pour penser des trous dans la matière; c'est le prodige de la métrique qui nous oblige enfin d'admettre qu'on peut penser le trou sans le remplir de points immatériels. Plus possible alors de confondre les distances et l'espace qui les contient, les durées et le temps qui les contient... Plus besoin de se poser des questions stupides du genre:

"Ouiiii, d'accord.... Mais alors, avant le BigBang il y avait quoi?"

Ou encore:

"Ouiiiii, d'accord... mais s'il n'y a que quatre dimension, alors dans quoi sont-elle sinon dans une cinquième?"

Cette inversion de l'usage du curseur dans la pratique intellectuelle initiée probablement par Leucippe et son disciple Démocrite mais remise à l'honneur par la bande à Copernic (Brahe, Galilée, Newton et autres Einstein), c'est ce que certains appellent la "coupure épistémologique".

J'ai déjà trop parlé ailleurs de la révolution copernicienne qui est la mère de la révolution épistémologique. Cette révolution est tout sauf un acte d'humilité; je renvoie mon lecteur à cet article pour plus de détails.

Dans un monde légo, l'étoile et la verrue, c'est fondamentalement rien que des briques légo disposées et combinées en nombres variables en des endroits différents. Donc l'étoile et la verrue, c'est la même chose à quelques quantités et distances près (on en revient à la distinction entre l'homme et le donut). Or, en pratique, l'étoile, à l'époque de Copernic, c'était une lumière dans la nuit, point à la ligne. A propos d'elle, on ne s'encombrait pas trop de questions qualitatives (trous). On pouvait donc s'attendre à ce que ce soit la verrue plus que l'étoile qui laisse des questions ouvertes à de tels aventuriers de la pensée. Et c'est effectivement ce qui s'est passé; le triomphe de la mécanique explique bien les mouvements astronomiques, mais les grains, les pores et les boursouflures de la verrue, c'est une autre affaire! (Depuis lors, avec l'arrivée de bons zooms les étoiles aussi ont commencé à nous laisser voir leurs boursouflures, mais rien n'y change; les verrues restent encore aujourd'hui bien plus inexpliquées que les étoiles... )

 

Kant jette l'éponge...

Abstract: les mécaniques post coperniciennes posent des problèmes insolubles. Kant rédige la "Troisième Critique" et invente les "fins naturelles". Le réductionnisme perd des plumes.

Donc avec Copernic et sa bande, on est passé d'un monde "zoo" (où les Aristote et autres Thomas d'Aquin rangent leurs cages), à un monde "légo" où il n'y a plus qu'une infinité de briques toutes identiques ou peu s'en faut. Ce qui est "tendance" dans ce Nouveau Monde, c'est de retrouver la diversité à partir d'une agrégation de petits riens et de moins que rien dans l'étendue. On est passé d'une ontologie foisonnante à une ontologie misérabiliste; tout se résume en mouvements de briques et d'agrégats (en mouvement à cause des mouvements des briques qui les composent).

Le réductionnisme, la science sans trou, c'était et c'est encore la doxa du savant lambda. Il observe avec une tendresse condescendante les vaseuses spéculations spirituelles qui sont, selon lui, au mieux le symptôme d'une peur de mourir (désagrégation) et, au pire, le symptôme d'une immaturité intellectuelle. Il n'est pas très sympa le réductionniste lambda... Mais il a pour lui l'avancée prodigieuse des sciences et de la technologie.

Et pourtant...

Un trou reste quelque chose de très troublant qui ne se laisse pas réduire à un agrégat de particules élémentaires. Très jeune, j'avais remarqué qu'un trou, un vrai trou, cela ne se bouche jamais! On a beau s'empiffrer, il reste trou... et si je m'empiffre trop, si je crois l'avoir finalement vraiment bouché, cela se termine toujours mal pour ce qui était troué... En langage châtié, on dira qu'on ne bouche ni ne crée un trou sans commettre une fracture ontologique. Il faudra bien admettre un jour ou l'autre que même à tribord toute, on n’efface pas toutes les qualités du monde: un photon, ce n'est pas un électron. Même les plus rabbiniques des réductionnistes gardent de leurs ancêtres gaulois quelques travers taxinomistes. On ne se débarrasse pas facilement de tout, tout, tout; il reste un village d'énigmes rebelles... (Ce qui enchante le potache puisqu'à chaque nouveau trou élémentaire irréductible, on associe une brique de légo d'un nouveau genre!)

Voilà pourquoi, malgré les avancées spectaculaires de la science qui a suivi Copernic, la secte réductionniste a très vite été désertée par ses plus prestigieux penseurs (peut-on même considérer qu'ils en furent un seul jour des membres?). Si les Kant, Newton et autres Bergson ont quitté la secte c'est peut-être parce que l'ontologie réductionniste a vraiment quelque chose de ...misérabiliste; quelques "points matériels" en mouvement dans de l'étendue, ce n'est pas grand-chose. Croire qu'il n'y a que cela, c'est se rendre presque aussi ridicule que "monsieur Relativité" qui disait que le temps n'existe pas (mais qui a pris pas mal de rides depuis lors).

Pourtant, à y regarder mieux, ce n'est pas le ridicule de ce credo misérabiliste qui suscitait leurs réserves. Ceux-là s'en foutent du ridicule. Ils ont vu qu'en fait, mais aussi (et surtout) en droit, la mécanique copernico-galiléenne, a des limites.

Je voudrais faire le point rapidement sur trois des difficultés posées par la mécanique copernicienne (et sa descendance) pour faire mieux comprendre ce qui m'intéresse et ce qui ne m'intéresse pas. Je réserve pour la deuxième partie de ce travail d'autres difficultés théorique que même René Thom n'a pas pu balayer de sa table.

    1- C'est quoi ce "point matériel" que j'ai assimilé à une brique de légo? C'est quoi sinon un monstre à deux têtes? On ne mélange pas impunément des pièces de légo et des billes! Le "point", c'est un truc de matheux. Le point c'est ce truc qui reste lorsqu'on a divisé un nombre infini de fois un segment de droite... ou un croisement de deux lignes... le fruit d'une géométrie désincarnée. Pour faire de la mécanique il faut de l'incarnation. Du "point" on passe subrepticement au "point matériel", ce qui sous-entend quand même un mariage problématique entre les mathématiques et la physique (le légo et les billes)...

    La plus brillante solution a été d'incarner davantage la géométrie (relativité générale) mais encore une fois, au bas mot, cette solution ne satisfait que les astronomes qui ne nous parlent que de ce qui ne nous affecte pas ou peu. La relativité générale n'a rien à nous dire sur les verrues...

    Légitimons néanmoins ce mariage entre le légo et la bille car une telle objection est trop spéculative au regard des progrès immenses des technologies et de la fécondité indéniable de la recherche scientifique. Admettons donc simplement que ce "point matériel" de la mécanique ne s'identifie que provisoirement à la molécule, à l'atome, à la particule élémentaire (…) et que cela se raffinera encore avec la résolution des caméras à venir.

    2- Il n'en reste pas moins vrai qu'au bout de la chaîne une difficulté subsiste; on ne peut tout de même pas dire simultanément que la matière est faite de particules et que la particule est faite de matière. Cela défie un peu trop les notions ensemblistes d'appartenance et de non-appartenance. On considère en général qu'on ne peut pas être simultanément le sac et ce que contient le sac. Mais, encore une fois, passons l'éponge... C'est trop spéculatif, et cela risquerait nous entraînerait sur un terrain inaccessible aux potaches.

    Je n'insiste pas aussi pour une autre raison: dans la cour des grands, le philosophe Tristan Garcia a somptueusement attaqué ce problème et a construit à partir de cette aporie une ontologie passionnante que je finirai par bien comprendre. (T. Garcia - "forme et objet" - PUF2011)

    3- Autre problème? Oui! Si j'observe l'évolution de ces "points matériels" dans l'étendue, je m'aperçois qu'ils sont capables de se coaliser pour organiser des déplacements en masse d'une manière plutôt qu'une autre.

    Les plus rabbiniques des réductionnistes ont fini par admettre quelques propriétés qualitatives des briques de légo. Ils ont admis qu'il y a différents types de particules élémentaires et qu'elles s'attirent ou se repoussent réciproquement selon leurs positions respectives et selon leurs natures. Ils reconstruisent ainsi le monde par des additions de forces élémentaires; cela ne gêne pas trop leur Sainte Réduction dans la mesure où fondamentalement il n'y a toujours que quelques briques différentes à étudier pour pouvoir retrouver ce qui se passera lorsque ces briques seront groupées.

    Mais maintenant l'expérience du réel invite nos réductionnistes à acter d'une force absente dans ces "points matériels" et qui n’apparaîtrait que dans certains groupes de "points matériels" préalablement agrégés de telle ou telle manière. Des directives semblent imposées aux particules par ces communautés de coalisés et non par l'autorité des particules (coalisées ou non).

    Pourquoi donc les chats ont-ils résolument deux yeux et pas trois et puis quatre et puis de nouveau deux et puis... Plus les embryologistes s'intéresseront à cette question plus leurs conclusions vont confirmer cette bizarrerie: ce ne sont pas les particules élémentaires qui imposent cela! Même si le code de la route observé par les particules qui composent le chat n'est jamais franchement violé, il reste que le trafics global d'ensembles de particules est parfois manifestement tendancieux. Et si c'est une régulation génétique qui peut expliquer cela, la question n'a été que déplacée d'une échelle de grandeur.
    Le chat semble, sinon violer le Code de la route des particules, au moins l'étoffer par la stabilité de nouvelles règles "émergentes". Parfois, c'est manifestement le constitué qui dirige les constituants!

    Dans la cour des grand on commence à s'énerver. Certains parlent de lois des grands nombres, de cybernétique, de computationisme... Des vitalistes élèvent la voix... Des finalistes... Des gourous... Ca tourne mal!

    *

Face à l'évidence des limites de la mécanique, Kant a conclu sa carrière en rédigeant la "Troisième Critique". Une manière de jeter l'éponge? Pas vraiment; depuis toujours il se disait chrétien et son christianisme n'a pas à être mis en question; ce n'était pas un christianisme de complaisance. Il fut donc probablement très heureux de pouvoir argumenter d'une manière aussi intéressante pourquoi il prenait ses distances par rapport à la secte des illuminés réductionnistes (et, souvent, déterministes) qu'il avait, bien malgré lui, contribué à allumer.

Kant avait déjà établi les conditions de l'objectivité scientifique par sa "Première Critique". L'objectivité se construit en commençant par épurer les phénomènes de tout ce qui ne se localise pas dans le temps et l'espace. Les points matériels en mouvement qui en résultent passent dans son alambic transcendantal et puis, hop, on découvre l'objectivité et on passe à des raisonnements scientifiques.

Mais Kant se rendait bien compte qu'il ne pourrait jamais par la mécanique (le code de conduite des briques du légo) retrouver une justification de la stabilité de certains agrégats. Kant se rendait bien compte que la mécanique telle qu'il la pensait n'arriverait pas à reconstruire la forme des flammes, des fleurs ou des chats.

Pour surmonter ces limites du raisonnement scientifique, Kant a opposé au "jugement déterminant" (celui de l'objectivité des scientifiques) le "jugement réfléchissant". Lorsque l'objectivité manque, il reste pour guider notre raison ce qu'il appelle des "fins naturelles" et autres "idéaux régulateurs" qui se laissent voir (subjectivement!) derrière la diversité des choses. Kant exploitait ainsi jusqu'à la corde peut-être, mais avec quel génie, les ressources de la raison devant l’incompétence manifeste de la mécanique dès qu'on passe de l'infiniment grand au monde des choses trouées (grandes ou petites).

Je dois ajouter ici que même si Kant n'a pas réussi à entraîner l'objectivité, la scientificité, jusqu'au bout du chemin, Kant n'a jamais, JAMAIS!, libéré l'accès à n'importe quel chemin pour parler de spiritualité. Pour justifier la forme du monde, les fins naturelles et les idéaux régulateurs sont des balises bien réelles, des balises qui imposent une direction. Il a, certes, laissé une porte ouverte pour les théologiens, mais au théologiens rationnels, pas aux guides spirituels qui ignorent l'usage de la boussole...

*

En bon potache, je vais alors lancer le pavé dans la mare: Kant eut-il écrit sa "Troisième Critique" s'il avait pu connaître les travaux de monsieur Thom? Et quid de Bergson? Eut-il rédigé "l'Évolution Créatrice"? Et mon cher Teilhard qui est tout de suite rentré chez les Jésuite, eut-il défroqué?
Ceux-là et tant d'autres ont-ils jeté l'éponge un peu trop vite?


...Et Super-Thom est arrivé!

Abstract: La fécondité cachée de la géométrie donne des ailes au légo. Réhabilitation de l'esprit copernicien. Plus besoin de la "Troisième Critique"... Le réductionnisme reprend du poil de la bête. Mais ça sent le roussi du côté des darwinistes.

Pour intuiter les relations entre la géométrie et le réel, rien de tel que la balistique. Je vais remettre en usage un de ces spectaculaires ancêtres du canon, cette catapulte géantes que les soldats du Moyen Âge poussaient péniblement en direction des murailles à détruire et que nous avons tous pu voir en action dans l'une ou l'autre superproduction hollywoodienne. On appelle une telle arme un "trébuchet".

En réalité, le principe du trébuchet relève moins de la catapulte que de la fronde; c'est un contrepoids qui pousse le bras d'un levier qui, à l'autre bout, projette un boulet, ou un boutefeu, ou un cadavre, vers la muraille de l'ennemi.
- Un cadavre?
- Eh oui! Ils avaient de l'imagination nos ancêtres pour déstabiliser l'adversaire!

Avec le trébuchet, le lien entre la géométrie et la physique a d'abord l'air limpide. Plus le projectile est léger, plus il va aller loin, plus le contrepoids à l'autre bout du levier est lourd, plus le projectile ira loin, plus l'engin est proche de la muraille plus l'impact sera violent... Tout cela peut se dessiner facilement sur un papier avec de belles courbes pures qui se laissent entremêler les unes aux autres et on imagine que pour un géomètre, mettre le tout en de belles formules est un jeu d'enfant.

Si le géomètre étoffe un peu sa recherche sur le bon usage du trébuchet, il va pourtant me faire voir que ces belles courbes de la théorie (que je pensais être lisses et incapables de surprendre un potache) sont plus "capricieuses" que prévu.

Si par exemple je modifie la longueur du bras de levier du côté projectile, la trajectoire de ce projectile va se modifier aussi et puis franchement se resserrer pour finalement atteindre un point critique où le projectile va simplement retomber sur le trébuchet. Si je rallonge trop ce même côté du bras de levier on peut atteindre un autre point critique à partir duquel le projectile ne se laissera même plus soulever... Ces deux points critiques sur le bras de levier ne glissent pas d'une manière onctueuse d'un bout à l'autre des bras du levier et la difficulté de cette progression peut elle-même se mettre en courbes. Est-ce-que le projectile retombera sur le projecteur avant ou après avoir atteint le point qui rend impossible sa projection? Etc.

Pour un potache il est déjà temps d'aller snifer la colle ou de dégager discrètement pour laisser de la place aux grands sans perdre la face.

Dans cette affaire où, au départ, tout semblait lisse, si je collecte toutes les courbes disponibles, je peux donc repérer des lieux de ruptures, des angles, des points asymptotiquement approchés... C'est tous ces points-là auxquels maître Thom, après Henri Poincaré et quelques autres, s'est intéressé.

Henri Poincaré est celui qui a débusqué l'importance de ces points critiques et nous a montré qu'à cause d'eux, même avec des lois très claires et très simples (en astronomie par exemple) des calculs de trajectoires deviennent parfois pratiquement impossibles. C'est dans ce sillon là que René Thom a montré alors que l'exploitation des ressources géométriques de ces croisements de courbes pouvaient faire naître des "grains" relativement stabilisés dans des milieux a priori, parfaitement "lisses", homogènes, "uniformément liquides". Cela devient fondamental lorsqu'on a des ensembles qui comprennent des quantités énormes de points matériels identiques (légo) parce que ces "grains" sont susceptibles d'organiser les flux des pièces de légo de telle sorte qu'il offrent à nos regards ébahis des fleurs et des épines relativement durables sans avoir eu à inventer de nouvelles forces attractives. Ces formes géométriques stabilisées dans les continuums, ont été nommées des "attracteurs" pour des raisons devenues ici évidentes.

Il est peut être utile de faire valoir aussi que dans ces modélisations, la "résolution" d'un problème n'est pas et ne peux pas être une simple ligne de trajectoire (en fait incalculable) mais une figure géométrique qui n'est évidente que par une approche « macro » et que c'est donc par cette approche « macro » qu'on pourra recevoir des informations techniquement utiles. L'ontologie reste "mécaniste" et "réductionniste", mais l'approche pratique n'est plus tout à fait réductionniste puisqu'on part du global et non de la pièce de légo.

René Thom a aussi, semble-t-il, un côté "littéraire" qui n'est pas pour me déplaire; il parle de "catastrophe" pour désigner une rupture brutales des propriétés globales des écosystèmes étudiés (et de points "catastrophiques" pour désigner les points critiques dans les variables disponibles qui vont enclencher ces catastrophes). Ce choix lexical indique à l'envi le génie poétique de monsieur Thom ; ce choix seul lui a donné les trois quarts de sa réputation dans les superettes où les potaches étudient la philo. Monsieur Thom a redessiné ("modélisé") tout cela avec ses compétences de sinologue et cela donne ce que l'on a donc appelé "la théorie des catastrophe".

Eh bien, j'ai beau être potache et ignorer tout de la sinologie ou de l'égyptologie, je suis malgré tout capable de voir que René Thom est bien "Super-Thom". Ceux qui pensaient que le bon usage du trébuchet se résume en la maîtrise de deux trois belles courbes en sont pour leurs frais. Maintenant j'ai bien compris que chaque roue qui permet au trébuchet d'avancer ou de reculer, l'élasticité de chaque fibre de bois du levier, la résistance des cordes utilisées, la résistance de la boue sous les roues, le graissage de l'articulation du levier, (…), toutes ces variables sont potentiellement influentes. Tous les "points critiques" désignés par ces fatras de courbes qui se croisent (pas seulement les points désignés par les variations de la longueur des bras du levier, du poids du boulet ou de la distance de l'objectif à détruire), tous ces "points critiques" donc, influencent in fine la trajectoire du projectile d'une manière qui peut parfois paraître disproportionnée. La trajectoire finale est la résultante de la combinaison de courbes/surfaces/volumes qui se croisent et se frôlent en désignant ces points particuliers qui font qu'on peut s'attendre à des surprises même par temps calme!

Le statisticien ici se serait contenté de faire cent tirs d'essais et d'en extraire les tendances... Mais avec l'intelligibilité de Super-Thom, quelques tirs suffisent et sa théorie remplacera dix mille essais tout en expliquant bien mieux (et a priori!) la plupart des exceptions.

C'est cela le lien quasi miraculeux entre la géométrie et le réel, sa fécondité.

Ce qu'il faut bien voir ici, c'est qu'en se focalisant davantage sur les ressources de la géométrie (étude du déploiement des courbes/surfaces/volumes en fonction des points critiques), les enquêteurs peuvent de plus en plus souvent sortir leurs calculettes plutôt que d'analyser et réviser sans cesse (toujours a posteriori!) la nature "substantielle" des choses. En étudiant les comportements des courbes/surfaces/volumes en interactions (toutes celles qu'on peut imaginer dans l'écosystème d'un trébuchet) on ne sort pas du cadre de la mécanique (dans notre occurrence: référentiels galiléens et forces de Newton...). Pas nécessaire de parler de chance, de malchances ou d'attribuer des qualités mystérieuses au boulet lorsqu'il nous tombe sur la tête; il suffisait de mieux analyser l'écosystème du trébuchet! "Ecosystème"; le mot clé!

*

C'est une excellente nouvelle pour les réductionnistes purs et durs! En jouant avec la fécondité de l'analyse des points catastrophiques dans les espaces continus, ils espèrent bien arriver à démontrer que les règles du mouvement des briques de légo suffiront enfin pour expliquer des phénomènes immensément importants tels que des rétroactions inhibitrices (exigées par la biologie), ou utiles comme le petit bruit qui enclenche l'avalanche, ou futiles comme le nombre d'yeux du chat... bref, toutes ces bizarreries qui font la saveur de nos jours.

D'une manière plus générale, la secte réductionniste recommence à croire que si l'on aborde la géométrie par la fécondité de ces points catastrophiques, il devient possible de faire du bleu avec des briques rouges. Même les replis de l'ectoderme embryonnaire s'expliquera par la mécanique, et tant pis pour les "fins naturelles" de Kant, "l'efflorescence de l'imprévisible nouveauté" de Bergson, "l'Oméga" de Teilhard, les "démons" des Godel et autres Newton... Ceux-là n'avaient qu'à rester dans la secte!

*

Entre-temps, parce que les mathématiques de Mr Thom ne sont arrivées que dans la deuxième moitié du 20e siècle et qu'elles utilisent un sabir compliqué, certains réductionnistes, les "réductionnistes deuxième vague", ont pensé pouvoir esquiver les difficultés irrésolues par la mécanique copernicienne en utilisant à tort et à travers un truc qui marche relativement bien pour faire tourner la machine techno tout en nous cachant qu'en fait ils ne comprennent rien du tout des dessous de l'affaire. Ce truc, c'est les calculs probabilistes. En somme, ce que ce réductionniste "deuxième vague" me dit, c'est quelque chose de genre:

«- Cesse de me casser la tête avec ton 'intelligibilité', ce truc qui ne veut rien dire, qui flatte l'ego par l'ego ... Regarde les stats; ça marche! Tu voudrais que moi aussi je jette l'éponge? Je préfère jeter l'intelligibilité et revenir à l'essentiel! Laisse-la aux poètes, l'intelligibilité! Le seul calcul important c'est le calcul utile! Par ce pragmatisme, l'avenir se dévoile et se plie à nos désirs. Je n'ai rien contre l'intelligibilité moi, mais lorsqu'elle fait défaut, laisse faire le statisticien et ses ordinateurs. Le champ du calculable est bien plus vaste que celui de l'intelligible; tu obtiendra plus de résultats avec moins de migraines...»

Quelque part c'est bien vrai; une probabilité, par définition, rend bien compte d'une régularité observable dans les phénomènes. Elle nous permet d'exploiter une régularité en nous épargnant la nécessité de la comprendre. De là à la naissance d'une nouvelle secte jusqu'auboutiste il n'y a qu'un pas. Pour le statisticien jusqu'au-boutiste, la théorie c'est la maîtrise des probabilités, point à la ligne.

Et lorsque le boulet retombe sur la machine, c'est l'exception qui confirme que la loi est statistique, deuxième point à la ligne.

La loi serait fondamentalement statistique et n'aurait donc jamais, par définition si j'ose dire, besoin d'être remise en cause. Troisième point à la ligne.

Les philosophes diront ici qu'il est un "analogiste" à l'inverse de Super-Thom qui est un "anomaliste"; Super-Tom nous dit que l'exception, en fait n'est pas une exception, mais le résultat d'une application stricte de sa règle. Il n'y a pas d'exception mais rien que des règles qui sont encore mal rédigées, point à la ligne.

Si on creuse cela ne revient pas du tout à la même chose pour la raison... C'est (ça devrait être:)) la différence entre le raisonnement du médecin et celui du pharmacien...

La pensée probabiliste jusqu'au-boutiste, celle des réductionnistes "deuxième vague", est une pensée magique. Elle nie la distinction entre l'énigme et le mystère en laissant le mystère bouffer l'énigme alors que le mystère doit lâcher du lest, doit nous lâcher ce qui ne lui appartient pas.
Le réductionnisme probabiliste est donc une religion sans le charme des litanies grégoriennes. Mais shuuuuut! Les savants lambdas (surtout les darwiniens jusqu'au-boutistes) ne savent pas encore que Super-Thom est à leur trousse! Ça va saigner! Les luttes fratricides sont les plus cruelles!

 

De l'atome à l'athom...

Abstract: Par les vertus de la géométrie, un agrégat peut devenir la condition d'une émergence "scientifique" (et non plus "magique") de propriétés (de tendances directionnelles dans les flux de trajectoires matérielles) qui étaient absentes dans les parties qui composaient l'agrégat.

Monsieur Thom avec ses points catastrophiques a pu formaliser l'apparition naturelle de discontinuités stables dans le continu (espace-temps ou n'importe quel autre espace de contrôle). Pour le joke, j'appellerai dorénavant les agrégats d'atomes géométriquement stabilisés par les points catastrophiques des "athoms".

La distinction entre l'atome et l'athom, il faudra un jour aussi la confronter à la pensée de l'autre Thom: le Thom d'Aquin. Oui, les thomistes aussi ont certainement un mot à dire dans cette danse des surprises; verra qui vivra... C'est là une raison supplémentaire pour jouer avec les mots; le jeu aiguise la lucidité!

Un athom est donc un ensemble stable d'atomes qui s'organisent en ce que les géomètres appellent une forme.

Si je préfère parler "d'athom" plutôt que de "forme", c'est parce que ici il y a de la matérialité en jeu, et parce que cette stabilité est mesurable et confinée (alors que la forme c'est un parfum plus intemporel, plus ubiquitaire; elle est bien plus le sac que ce que le sac contient).

Ces athoms respectent scrupuleusement les lois de la physique même si, parfois, ils les défient au point de suggérer aux savants d'aller plutôt voir du côté des statistiques.

Selon la théorie des catastrophes, si le chat a deux yeux et pas trois ce n'est PAS parce que cet athom-là a acquis l'autonomie suffisante pour se rebeller contre sa parentale atomique mais parce que les trajectoires inertielles (physiques) de ses constituants sont pleines de points critiques qui font émerger ce genre d'étrangeté (inimaginable tant qu'on a pas pris en compte de nombreux points critiques...).

Les deux yeux du chat, c'est une de ces surprises qui émergent lorsque l'on prend plus au sérieux les implications des rencontres des ondulations du micro et celles du macro (interfaces entre les différentes échelles de grandeur). Les deux yeux du chat, c'est une bizarrerie au même titre que ce projectile du trébuchet qui, dans certaines conditions, retombe systématiquement sur la machine plutôt que de partir vers la muraille (j'ai oublié de vous dire que, à cause de la pluie, les roues arrière se sont embourbées dans la terre préalablement ramolie par les roues avant...)

En termes de causalité, si je veux comparer le chat avec le trébuchet, qui est "qui" et qui fait quoi?

Pour le trébuchet, "l'effet" c'est la trajectoire d'un boulet. La "cause" c'est la coalition momentanée des actions du poids, du contrepoids, de la résistance du sol sous les roues, de la pluie qui a ramolli ce sol, de la distance entre l'axe et le contrepoids, etc. Pour le chat, "l'effet" (à expliquer), c'est le nombre de ses yeux, et on peut donc s'attendre à une cause multifactorielle pour expliquer ce nombre: la connivence entre le code génétique, la phénogénétique, l'endocrinologie, la biochimie enzymatique, etc.

Pour être honnête, il faut tout de même ajouter que la comparaison entre le chat et le trébuchet ne tient la route que si on avalise le fait que la théorie des catastrophes a une carrure suffisante pour se hisser jusqu'à la sphère du biologique... Or cela n'est pas encore tout à fait gagné...

 

Je résume:


La théorie des catastrophes est une théorie déterministe. Elle est géométrique dans son ADN. Encore et surtout, elle est une théorie "sociale" dans la mesure où elle formalise des rencontres (rencontres de courbes élémentaires plus ou moins lisses, ondulantes, rectilignes, asymptotiques... ).
Les "belles catastrophes" sortent souvent de la combinaison d'influences appartenant à des échelles différentes: mouvement "micro" perturbé par un mouvement "macro" asymptotique qui occasionne des déformations monstrueuses de trajectoires par exemple... (les roues n° 3 et 4 du trébuchet qui se sont embourbées à cause des conditions météo). La trajectoire d'une partie de l'athom que la vielle mécanique décrivait comme lisse et incapable de surprendre nous avait caché bien des calamités à venir parce que les vieux mécaniciens ne prenaient pas assez au sérieux le fait que ses belles courbes étaient travaillées par d'autres courbes plus lentes (changement d'échelles) ou anguleuses ou que sais-je d'autre encore émergeant de la globalité de l'athom. René Thom qui est un déterministe "continuumiste" à tout crin, nous oblige de voir enfin que la trajectoire des parties d'un athom sont travaillées simultanément par tous les habitants de sa sphère écologique (micro et macro) et que chez ces gens-là on ne badine pas avec les lois mécaniques.



La galère d'Ulysse
 

Abstract. Il n'est pas "impossible" que la théorie des catastrophe règle (au moins en droit), l'intégralité de la sphère biologique... mais... c'est de moins en moins crédible; il y a du sable dans l'engrenage.

Sous un certain regard, l'ontologie issue du réductionnisme de Copernic que l'on croyait maigrichonne est devenue une vache à lait. Cela dépend bien-sûr de ce qu'on entend par "ontologie"... mais tout de même; tout le monde admettra que les propriétés émergentes qui se phénoménalisent dans et par l'athom lui donnent une "existence" comparable à celle des atomes (dont elles ne sont pourtant que des agrégats accidentels). Un "tout" peut avoir ses propres propriétés susceptibles d'agir sur ses parties (rétroaction cybernétique dans le repli de l'ectoderme par exemple) et les parties peuvent construire les qualités du tout ("création" de l'ectoderme par traitement "mécanique" des particules élémentaires par exemple). Pourquoi alors vouloir expliquer par un plan Providentiel ou un "Elan Vital" les deux yeux du chat? (Dieu n'a-t-il rien de mieux à faire que de se tracasser de cette cuisine intérieure?)

Ce point est important et je le dis mal; il me faut donc le dire autrement.

L'athom tout comme l'atome a une consistance objective puisqu'il supporte parfaitement d'être "filtré" par l'alambic transcendantal de la "Première Critique" (qui, je le rappelle, ne prend dans la chose que le point matériel et son mouvement dans l'étendue). Thom ne met pas en péril cette analyse kantienne, mais il montre que la géométrie nous avait caché des trésors enfermés dans son ventre! La ligne d'inertie des composants d'un athom n'a plus rien de la paisible trajectoire rectiligne uniforme de la relativité galiléenne (à l'instar de la ligne inertielle de la Relativité Générale qui nargue les belles lignes euclidiennes...

Un philosophe de supérette pourrait donc facilement développer ici une thèse qui montre qu'Albert Einstein et René Thom, c'est le même combat! L'un dans la sphère de l'astronomie et d'autre dans la sphère de la morphologie, de la phénoménologie... de la biologie...

Alors, plus besoin de la "Troisième Critique"?

Eh! Eh!... C'est évidemment plus compliqué que cela!

Mes potes potaches ont jeté du sable dans l'horlogerie et ça grince! Dans la cour des grands, ils ont appelé la bonniche pour faire le ménage mais cela lui prendra du temps et, pour tout vous dire, la bonniche, celle qui travaille chez les Meillassoux, c'est ma grande copine, mon agent secret. Après avoir entendu ses confidences d'oreiller, je ne crois plus au retour de la propreté dans la cour des grands... Qui vivra verra. En attendant que la situation soit plus claire, je préfère crécher encore un petit peu dans le flat de Copernic et de Kant plutôt que dans le palais aux mille lambris de Super-Thom...

*

Quels sont les soucis?

J'en vois au moins deux (mais je n'insisterai, dans cette première partie de mes investigations, que sur le premier; le deuxième c'est pour plus tard. Je veux épargner une épidémie d'urticaire aux plus savants de mes lecteurs.

1- Les chats passent leur temps à chasser les souris...
2- Les dinosaures sont de retour...


*

Tel le bateau d'Ulysse (qui, je le rappelle à toutes fins utiles, n'a plus une pièce d'origine lorsqu'il arrive à destination), le chat passe son temps à chasser les souris pour remplacer les planches de sa propre coque. Il y a fort à parier que lorsqu'il mourra, il aura déjà perdu depuis longtemps la plus belle part de son carbone originel...

Certains athoms peuvent donc très bien se refaire une santé avec d'autres constituants. Cela est depuis longtemps bien établi, au point que certains y ont vu la marque distinctive de la vie.

Pour comprendre la biologie, en remontant lentement le fil d'Ariane offert par René Thom et sa phénophysique, a-t-on assez pris en compte cette étrangeté? Peut-être, mais je n'ai pas pleinement compris ce que l'on essayait de me dire et pour moi cela reste donc encore momentanément une arrête dans la gorge.

Pour la théorie, ce n'est pas une mince affaire que ce recyclage. Les carbones du chat se sont mis en des positions très précises parce que leurs trajectoires les conduisaient irrémédiablement vers un endroit précis dans la configuration du chat (trajectoires orientées par des "attracteurs" émergents de l'ensemble des atomes et athoms d'un état initial).
Les carbones de la souris sont tous dans la même posture que ceux du chat (mais par les vertus d'autres "attracteurs" que ceux du chat).

Pour reprendre l'image du trébuchet, si la trajectoire du carbone du chat est assimilée à celle du boulet, il faudra assumer que cela signifie que le boulet-carbone-chat peut être remplacé par un autre au cours de sa course vers la muraille. Mais la trajectoire de ce boulet-carbone-souris est "dessinée" par un autre trébuchet. Il faudra alors penser que le trébuchet N°2 a été formaté pour catapulter le boulet 2 juste à l'endroit du boulet 1 et que le boulet 1 nous avait caché dans son sac des courbes et des points catastrophiques susceptibles d'assurer le truchement, et que... Je laisse à mon lecteur le loisir de le complexifier le scénario à l'envi...

On me dira que le chat est un athom, que la souris est un autre athom, et que ces deux athoms constituent un troisième athom avec ses propres attracteurs qui, etc. Tout cela est possible évidemment, surtout dans un monde déclaré d'emblée comme étant déterministe et qui avalerait donc tous les écosystèmes pour créer son propre écosystème "holiste"... Et il n'y aurait en fait in fine qu'un grand athom final... avec un grand attracteur final

Quelque chose cloche...
Comment le dire?

- Non! Rien ne cloche mon cher potache! Bienvenue dans la secte des réductionnistes! Si le boulet (ou le chat) est bien irrémédiablement empêtré dans une structure de forces diverses, alors le maillon dont tu parles n'appartient pas à une chaîne mais à une toile d'araignée. Lorsqu'un maillon casse dans une toile d'araignée, certes, ce n'est pas bon pour la toile; sa stabilité globale va prendre un coup. Mais elle reste tout de même globalement la toile qu'elle était. Les carbones de la souris ne sont donc pas obligés de prendre exactement les mêmes positions que les carbones remplacés pour que le chat reste malgré tout un chat. Certes il ne sera plus exactement le même chat, mais, c'est bien ce qu'on observe dans la nature; le chat lui aussi prend ses rides, non?...
- Mmmm... Ok, bien vu... Mais quand même, la souris est aussi un trébuchet et... Mmm.....

Mes roues s'embourbent!

J'ai l'impression d'être roulé dans la farine pour être mieux distrait de l'essentiel. Mais indéniablement, là il m'a mis sur la défensive. "En fait" (en pratique), le réductionniste n'est plus à la hauteur de son défit d'intelligibilité (je vais m'en expliquer), mais "en droit", si je ne trouve pas une solide parade, c'est moi qui ai suis devenu le naïf de service.


"En fait" (en pratique), si tout est lié à tout (holisme), le réductionniste devra cataloguer toutes les ressources de l'univers (état général à un moment donné) pour décrire chacune de ses parties, et reconstruire en catimini un ...eh bien oui, un "Dieu Architecte"! (le "Grand Attracteur Final")

- Un "Dieu Architecte"? Non! Pas un "Dieu" mais une "structure" architecturale intelligible!
- Une "structure architecturale" peut se permettre d'être énigmatique mais pas mystérieuse.
- Il n'y a ici aucun mystère, rien que des énigmes; donne-moi l'état initial et les formules de Super-Thom et je te calcule le futur.
- Et pourtant... Une liste exhaustive des objets par d'un référentiel est pratiquement rendue impossible par les échelles mises en jeu.
- Cet argument n'est pas ontologique mais épistémique et donc insuffisant.
- ...

J'ai voulu alors, comme "monsieur relativité" l'aurait peut-être fait, lui faire valoir que remplir nos référentiels de scientifiques d'une manière exhaustive est rendu théoriquement impossible au moins par la théorie de la relativité restreinte. Mais je me suis tût pour ne pas devenir à mon tour spécieux...

En relativité, l'existence de la chose n'est pas une spéculation vague; pour le dire en potache, elle est un "pouvoir d'interagir" qui se déplace à la vitesse maximale (aux dernières nouvelles, c'est encore la vitesse de la lumière). Cela veut dire que la chose qui n'est pas encore à ma portée (parce que aucun rayonnement n'aurait eu assez de temps pour m'en informer), n'existe pas pour moi et je suis à fortiori incapable de la situer dans mon référentiel. Il n'y a donc dans mon référentiel qu'une seule zone de l'espace-temps qui est habitée par des objets existants (zone souvent appelée le 'cône de lumière' du référentiel). Je revoie mon lecteur aux articles de ce site qui en parlent ou, mieux, à l'excellente présentation de l'espace-temps pour les potaches rédigée par Taylor&Wheeler - "A la découverte de l'espace-temps" traduit par C. Roux chez Dunod-1970). Le reste du référentiel est peut-être aussi habité, mais je ne suis pas en mesure de le savoir dès aujourd'hui. C'est aussi simple que cela et tant pis pour le réductionniste. Son état du monde au moment de ses études est irréductiblement non-exhaustif et partial!

 

"En droit", c'est encore moins clair.

Ce cochon de réductionniste a peut-être raison bon sang! C'est aussi et surtout "en droit" que je voulais briser l'arrogance de ce contempteur de la liberté! (La liberté, j'y tiens, en fait et en droit!)

J'ai heureusement encore quelques arguments dans ma bouche de crapaud, mais ...il me faudra entrer dans les coulisses du langage et çà, c'est pas une sinécure! Dans ces couloirs-là pullulent des néo-scolastiques et des nominalistes membrés comme les archivistes peuvent l'être. Je ne suis donc pas certain d'y retrouver mon chemin; j'en sue d'avance. Heureusement, Super-Thom s'y est déjà aventuré et y a déjà insufflé un peu d'intelligibilité.

Là, pour le moment, je ne suis pas sûr de moi. Mais en tout état de cause, que les choses soit claires: il ne sera pas dit que paul yves wery a vendu son cul à la secte des réductionnistes; J-A-M-A-I-S! Ils sont vraiment trop ...ridicules!

 

- Eh! paul yves!... Et le dinosaure?
- Après, après, après... je vais d'abord me reposer.

 

Chiangmai - Version 2.0 - Mars 2020

Version 2.1 & 2.2 - Avril 2020

 

 

NB Je n'ose pas trop déclarer mes principales sources parce que ces auteurs-là ne cautionneront peut-être pas mes sottises... Bon, après cette précaution oratoire je vais tout de même les citer:

- "Forme" par Petitot Jean. Accessible gratuitement sur academia.edu

- "La réduction du possible; René Thom et le déterminisme causal" par M. Espinoza. Accessible gratuitement sur accademia.edu

- "Le jeu de la complexité et la théorisation linguistique" par D. Piotrowski & Y.-M. Visetti. Accessible gratuitement sur accademia.edu

Je dois encore ajouter que ces très utiles lectures (en français!) m'ont été suggérées spontanément par l'ordinateur marketeur de www.Academia.edu... alors que je ne fais pas partie de l'univers académique et que je ne suis pas encore afilié à Academia (payant). Que justice et grâce lui soit rendue! ...Ainsi qu'à Google que je critique tant, mais que, parfois, souvent, j'aime beaucoup (et qui, en l'occurence, m'a mis sur la piste d'Academia.)

 


 

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