La restauration de notre église.                07.07.91

      1. La semence.

 

Mes frères,

 

            Vous avez remarqué que ces derniers temps, j’avais fait des allusions discrètes mais explicites à la restauration de notre église. Le moment est venu, me semble-t-il, que je vous parle clairement de ce projet. Je vais commencer aujourd’hui et je poursuivrai les jours suivants chaque fois que j’en aurais la liberté.

 

            Je vais prendre les choses par le tout début. Vous saurez ainsi que c’est une semence qui a été déposée dans mon cœur voilà bien longtemps, tout au début de mon Abbatiat. Cette semence au fil des années a mûri, elle s’est développée, elle est devenue un grand arbre et, aujourd’hui il est temps d’en cueillir les fruits.

            Vous apprendrez ainsi que ce projet est tout à fait de moi même si je me suis entouré de conseils, si j’ai observé, si je me suis informé et surtout, si j’ai beaucoup demandé l’assistance de l’Esprit Saint. Car en fait, c’est de lui que vient la chose comme vous allez l’apprendre.

 

            En 1978, Rome a publié le Décret qui règle les relations entre les Evêques et les religieux. A cette époque, j’en ai reçu un comme chaque Abbé et Abbesse, un exemplaire en langue française. Je l’ai lu. Il y a beaucoup de choses très intéressantes. C’est une mise en application de la Constitution Conciliaire sur l’Eglise. Et en parcourant cette brochure car, voyez, elle est assez importante, je suis tombé au n° 25 sur ceci :

 

De leur côté, les communautés religieuses surtout les contemplatives, tout en conservant évidemment la fidélité à leur esprit propre, offriront aux hommes de notre temps l’aide opportune pour la prière et pour la vie spirituelle afin que celle-ci puisse répondre aux nécessités de méditation et d’approfondissement de la foi plus ressenties de nos jours.

 

            Il s’agit donc ici d’une obligation qui nous est faite d’ouvrir notre hôtellerie aux personnes désireuses de prier et d’approfondir leur foi. Il faut même aller plus loin. Il ne faut pas uniquement penser aux retraitants, mais il faut penser aussi aux personnes de passage. Disons aujourd’hui, pour employer un grand mot que tout le monde comprendra, aux touristes.

            Le tourisme est en effet aujourd’hui une occasion de pèlerinage, une occasion de connaître les églises, de connaître les lieux consacrés par la présence d’un saint qui y a vécu. C’est ce que veut dire ici le Décret : aux hommes de notre temps, aux nécessités plus ressenties de nos jours.

            Donc ça, c’est plutôt la partie, disons comme on dit aujourd’hui : accueil. Naturellement il faut replacer ça comme il le dit : dans la fidélité à l’esprit propre. Une communauté de Trappistes, c’est tout autre chose qu’un lieu d’une communauté ouverte, organisée autour d’un lieu de pèlerinage.

 

            Maintenant voici, voici ce qui a été pour moi la petite graine déposée à ce moment dans mon cœur :

Donc les communautés, surtout les contemplatives leur donneront, aux hommes de notre temps, aussi l’occasion et la facilité de participer convenablement à leurs actions liturgiques dans le respect des exigences de la clôture et des normes établies à cet égard.

 

            Il nous est donc fait en vertu de ce Décret une obligation de facilité la participation des hommes de notre temps à nos actions liturgiques. Quand j’ai lu ceci, je me suis dit : « Nous voici donc dans l’obligation d’aménager notre église pour qu’elle réponde à cette demande de Rome.

            Nous devons donc nous replacer dans la situation telle qu’elle était alors, différente de ce qu’elle est aujourd’hui pour l’Eglise. Et je me souviens très bien qu’à cette époque, j’en ai parlé ici, pas ici mais au Chapitre au Scriptorium, je m’en souviens très bien. Mais je ne l’ai pas perdu de vue, mais voilà, je l’ai laissé grandir en moi.

            Il y a ici, mes frères, deux choses auxquelles nous devons prendre très attention. Je l’ai compris peu à peu et aujourd’hui, pour moi naturellement, après tant d’années, c’est une certitude.

 

            D’abord, comme je le disais à l’instant, permettre aux hommes de notre temps de participer de façon convenable à nos actions liturgiques. Il s’agit de participer ; il ne s’agit pas d’être passif, il s’agit de participer c’est à dire de prendre part, de prendre une part active à nos actions liturgiques.

            Auparavant les retraitants, les personnes de passage étaient reléguées dans une tribune et de là elles assistaient à nos actions liturgiques. Elles pouvaient éventuellement les suivre si elles avaient un document, un livre quelconque à leur disposition. Maintenant, il s’agit d’autre chose, il s’agit de permettre une participation.

           

            Que veut-on entendre par là ? Pour le comprendre, il faut avoir l’occasion d’être allé dans l’un ou l’autre monastère à l’occasion d’une Conférence Régionale par exemple et d’être là un jour de dimanche quand il y a vraiment une assemblée liturgique. Que voit-on alors ou qu’entend-on ?

            Eh bien, on entend les assistants qui sont là chanter le Kyrie, chanter le Gloria, chanter le Credo, chanter le Sanctus avec les moines. J’ai même vu dans un monastère, à la Trappe, avant la messe le maître de chœur, le premier chantre fait répéter les chants à l’assemblée qui est déjà présente pour qu’il n’y ait pas de kwaak. Et c’était en latin.

            Donc voyez, c’est cela qui est demandé aujourd’hui. D’ailleurs, il ne faut pas remonter aussi loin, mais il faut que l’église soit adaptée donc à une participation active.

 

            Maintenant, il y a un deuxième point qui est aussi très, très important et dont nous sommes obligés de tenir compte. Il est dit : offriront aux hommes de notre temps. Mais le mot latin veut dire les femmes aussi bien que les hommes. Il ne nous est plus permis d’établir une ségrégation d’ordre sexuel. C’est interdit par la législation civile déjà !

            Prenons un exemple : il nous faut mettons un ouvrier pour la brasserie, ou bien nous cherchons un aide cuisinier. Nous mettons une annonce dans les journaux locaux de Rochefort. Qu’arrive-t-il ? Il se présente ici une femme pour faire le travail. Eh bien, nous n’avons pas le droit de la refuser du fait que c’est une femme même si nous sommes ici chez les trappistes. On pourrait la refuser pour d’autres motifs, mais pas pour celui-là. Et ça, c’est la législation civile.

            Il y a certains travaux naturellement pour lesquels les femmes sont exclues par la législation aussi. Il y a toute une liste. Mais disons que pour les choses ordinaires, ce n’est plus permis.

 

            Maintenant pour ce qui est de la participation aux actions liturgiques, le Peuple de Dieu est constitué des femmes aussi bien que des hommes. Il a été tout un temps où on considérait que les femmes n’avait pas une âme. C’était le privilège des hommes. Donc les femmes étaient exclues des actions liturgiques. Mais aujourd’hui naturellement nous ne sommes plus à cette époque de suprématie masculine. Nous devons donc ouvrir nos actions liturgiques, donc notre église, aux personnes de sexe féminin. Voilà un problème qui est là et que nous devons résoudre.

 

            Eh bien, voilà, je vais en rester là pour aujourd’hui parce que je vous ai donc posé le principe. Vous avez ici la semence qui a été déposée dans mon cœur. Vous le voyez bien, ce n’est pas venu de moi, c’est venu de l’Eglise, donc c’est venu de Dieu. Et puis, il a suffit de la laisser grandir, de la laisser mûrir. Et aujourd’hui, nous allons essayer d’en recueillir les fruits.

 

La restauration de notre église.                13.07.91

      2. Enquête sur l'espace liturgique.

 

Mes frères,

 

            Revenons à l’affaire de notre église. En 1988, donc il y a trois ans maintenant, j’ai reçu les résultats d’une enquête menée par la CFC, donc la Commission Francophone Cistercienne sur le thème Liturgie et espace liturgique. On a donc faut une enquête dans les monastères francophones France-Belgique pour voir si on avait procédé à des aménagements ou restauration de l’église pour mettre l’espace en conformité  avec les desiderata exprimés par le Concile et ainsi de permettre une participation effective des fidèles aux actions liturgiques.

 

            Pour les jeunes, ça va de soi car ils n’ont pas connu le système antérieur. Mais il faut dire que auparavant, c’est à dire avant le Concile dans le monastère – n’allons pas voir ce qui se passait dans le monde – la participation effective des non-choristes était interdite.

            Les frères convers étaient dans leur chœur. Le dimanche pendant les Offices, ils étaient là. Ils entendaient et ils ne voyaient rien. Quand ils entendaient qu’on commençait le Gloria, mais ils s’inclinaient. Et puis ils récitaient dans leur particulier leur Office de Pater et d’Ave

            Au moment de la messe, le dimanche et les jours de fêtes, après Tierce ils montaient dans le chœur des choristes et ils se plaçaient dans les basses stalles. Mais c’était tout, ils n’ouvraient pas la bouche, ils n’avaient pas le droit. Il faut bien savoir ça.

            Récemment, j’ai encore entendu raconter que dans un monastère de notre Ordre, il y avait un frère convers qui avait tout de même une belle voix et qui chantait très bien. Et voilà qu’un jour pendant la messe, il s’est mis à chanter le Credo avec les choristes. Eh bien, le chantre en pleine célébration s’est rendu près de lui pour lui intimer l’ordre de se taire. Donc voilà ! Il faut voir la situation avant le Concile.

            Quant aux séculiers, eux, ils étaient à la tribune. Et là, ils assistaient, ils récitaient leur chapelet, ils faisaient ce qu’ils voulaient. Ils assistaient. Maintenant ce temps-là est fini. Le Concile désire une participation effective de tous.

 

            Je suis allé à Clairefontaine. Je voyais, le dimanche il y a beaucoup de monde, beaucoup plus de monde qu’ici, peut-être une moyenne de 50 à 60 personnes. Eh bien là, on chante le Kyriale dit la messe des anges. Il paraît que c’est la même chose à Orval.

            Je me suis bien demandé ce que ça voulait dire. Mais en réalité, maintenant que j’ai vu de tout près, c’est tout simplement le Kyriale des fêtes de deux messes et on ne le chante pas ici. Tous les anciens le connaissent  ici par cœur, nous l’avons chanté des quantités de fois. C’est très beau et on pourrait peut-être l’introduire au programme de temps en temps pour le dimanche. C’est très facile et c’est beau.

            Donc là-bas, on l’entend, une bonne partie des assistants chantent avec les sœurs. Et à Orval, c’est encore bien pire. Soyons généreux : vous avez 30 moines qui sont là, et si vous avez 500 personnes qui sont là et que vous en avez 300 qui chantent ! ! ! C’est donc vers cela que nous devons tendre. Mais vous comprenez que pour en arrivez là, il faut apporter des modifications à l’espace liturgique pour que ça puisse se faire.

 

            Alors il y a eu cette enquête. Je ne vais pas vous lire tout mais simplement vous dire ceci des réponses :

 

            1°  : Depuis Vatican II, avez vous organisé une restauration de votre église ?

Entre 1966 et 80, 22 églises pour la partie francophone on été sinon restaurée, au moins transformées quant aux dispositions internes. Pour certaines, il s’agit d’un premier temps qui parfois laisse attendre un achèvement. Après 1980, 19 églises ont été transformées ou bien ont vu se poursuivre leur transformation. Cela nous donne donc 41 églises entre 66 jusque 87-88.

 

            2° : Avez-vous changé votre autel ?

Eh bien, plus de 20 ont changé leur autel entre 1966 et 1987, et 16 après 1980. Il y a eu beaucoup d’autels provisoires qui ont été adaptés et voilà, en attendant de trouver l’autel qui allait convenir.

            Donc nous ici, nous avons changé d’autel, mais avant le Concile. Et puis après le Concile, qu’a-t-on fait ? Mais on l’a avancé pour permettre la célébration face au peuple. Avant, il était vraiment dans le fond là au-dessus des petites marches. Donc l’autel a été changé chez nous avant le Concile.

 

            3° : Avez-vous supprimé les stalles ?

Voilà une autre question : Faut-il supprimer les stalles ? Il y a des monastères où les stalles ont été supprimées. Pourquoi ? Mais en général les stalles ont été conservées. Acey qui n’a plus de stalles au chœur préfère dire qu’elles ont été démontées et non supprimées. Vous voyez ça ! Je ne sais pas, c’est de la casuistique. Soleilmont n’a pas de stalles. Je ne suis jamais allé dans l’église de Soleilmont. J’ai vu des photos et il n’y a pas de stalles.

 

            4° : Envisage-t-on de supprimer les stalles ?

Eh bien, Tamié envisage de supprimer les stalles, mais les autres communautés n’envisagent pas de les supprimer. Il n’y a que Tamié, mais n’oublions pas que Tamié est une Abbaye de pointe. C’est vrai, mais vraiment et alors ça explique son succès.

            Car je ne veux pas dire que nous devons en arriver là. Attention ! Loin de là, c’est pas ça que je veux dire. Je ne veux pas insinuer et lancer des ballons d’essais comme on dit. Mais il suffit de supprimer les stalles pour voir les novices arriver et les jeunes s’assembler parce que c’est ça qu’il faut à des jeunes. Des stalles, qu’est-ce que c’est pour eux ? Non, on est en rond, on chante, on est bien. On est chez soi coude à coude. C’est ce que les jeunes aiment. C’est un feu de camp quoi !

 

            Par exemple Acey, ce qu’ils ont fait après Vatican II. Il fallait donc donner à nos hôtes la possibilité de partager notre prière. Donc, remplacement des stalles par des sièges mobiles qui seraient une plus grande proximité de nos hôtes en semaine et le dimanche plus de souplesse pour agrandir l’espace selon les besoins de l’assemblée. Donc des sièges mobiles qu’on dispose selon les besoins du moment. C’est très, très, très moderne, vous voyez, mais ça vit, quoi, on s’adapte. C’est une toute petite communauté à Acey, beaucoup plus petite qu’ici.

            Dans beaucoup de monastères, ce qu’on a supprimé, c’est les dossiers, donc la partie qui se trouve au-dessus des accoudoirs . Dans beaucoup, beaucoup de monastères on l’a supprimé. A Clairefontaine, il y a une sœur qui m’a dit comme ça que chez elle auparavant les stalles étaient très, très hautes. Quand elles étaient assises, elles ne voyaient pas du tout celles qui étaient en face. On a là-bas tout réglé. Enfin, je ne vais pas continuer avec toutes ces choses-là. Soleilmont dit que dés le début nous avons choisi la solution des bancs mobiles. Là aussi ça voyage suivant les besoins.

 

            Avez-vous aménagé un oratoire ?

Un oratoire strictement réservé à la communauté, donc pour qu’on puisse aller prier hors de l’église. Pourquoi ? Parce que si vous avez des retraitants qui viennent prier à l’église et qui sont là dans l’église aménagée, mais ça peut gêner certains. Moi, disent-ils, je préfère prier dans un endroit solitaire, et on aménage un oratoire pour la communauté. C’est arrivé et il y en a tout de même quelques uns. 18 communautés disent oui, 18 l’ont fait.

            Alors un oratoire accessible à la communauté et aux retraitants, donc encore un oratoire différent de l’église ? 16 l’ont fait, 25 ne l’ont pas fait. Il y en a un Clairefontaine, un oratoire dans ce qui était autrefois le chœur des converses. Et là, c’est pour les retraitantes, elles vont y prier et faire leurs dévotions. Il y a une entrée secrète pour les sœurs qui veulent aller prier là aussi.

            Un oratoire réservé aux retraitants : 31 communautés disent avoir un tel oratoire et les moines n’y vont pas. Donc toutes choses qui ont été faites pour se mettre en accord avec ce que le Concile demande.

 

            Voilà, mes frères, je pense qu’il était utile de savoir ce qui se fait ailleurs avant de réfléchir à ce que nous pourrions faire ici. Nous en resterons là pour ce soir et nous demanderons à l’Esprit Saint de nous aider et de nous ouvrir le cœur aux solutions les meilleures.

 

La restauration de notre église.                14.07.91

      3. Tout sera révélé.

 

Mes frères,

 

            Hier, au cours de l’Eucharistie ? est tombé des lèvres du Christ une parole qui a retenu mon attention et qui a éveillé en moi une certaine crainte. Je vais vous la rappeler car je voudrais vous encourager à la plus grande prudence. Je la traduis directement de l’original.

S’ils ont appelé le Maître de la maison Belzébuth, bien davantage appelleront-ils ainsi les gens de sa maison. Mais ne les craignez point. Et voici ce qui a retenu mon attention : Il n’est rien qui ne soit caché qui ne soit un jour révélé.

Littéralement c’est : il n’est rien de couvert, comme si c’était couvert d’un voile, qui ne soit un jour révélé. C’est à dire qu’on tirera le voile et que tout le monde pourra voir. Il n’est rien de caché, il n’est rien de secret qui ne sera un jour connu.

 

Eh bien, mes frères, j’ai mis cela immédiatement en relation avec le projet d’aménagement de notre espace liturgique. Hier je vous ai dit à partir d’une enquête réalisée fin 1987 début 88 que 41 abbayes en 88 avaient déjà adapté leur église aux normes édictées par le Concile et que d’autres envisageaient de le faire, ou bien que c’était en cours d’exécution.

            Je vous ai, dimanche dernier, expliqué les raisons pour lesquelles je pensais devoir travailler à ce projet de la restauration de notre église. Je les rappelle : c’est pour nous mettre en accord avec ce que Rome nous demande en exécution des Décrets Conciliaires, c’est à dire de permettre aux hommes de notre temps une participation effective à nos actions liturgiques. Et hommes de notre temps, c’est à dire sans discrimination d’ordre sexuel.

 

            Eh bien, mes frères, quel est notre réaction en présence de ce que Rome nous demande ? Prenons bien garde, soyons extrêmement prudents, cette réaction-là révèle le plus secret, le plus caché de notre cœur. Il y a là une ligne de partage qui va délimiter ce que nous sommes.

            Si nous entrons, voilà, de bon cœur du moins, ou du moins par obéissance, ou par esprit de foi dans ce que Rome nous demande, nous prouverons par là que nous sommes en communions avec le Pape et que nous sommes de véritables catholiques.

            Par contre, si je n’accepte pas la restauration de notre église, si je commence à me déchaîner en toutes sortes d’histoires, d’insultes même – et je pense à Belzébuth – contre ceux qui ont cette idée de travailler à l’aménagement de notre église, à ce moment-là je montre que tout au fond de moi je ne suis pas en communion avec le Pape, je ne suis pas en communion avec l’Eglise. Je suis un moine chrétien mais en réalité je ne suis pas un moine catholique.

 

            Mes frères, soyons extrêmement prudents parce que je vous le dis, le Christ vient de nous le dire, ce qui est le plus secret, à la suite d’un événement quelconque, ça vient à la surface et tout le monde peut le voir. Notre véritable identité peut apparaître au regard de tous.

Mais on pourrait dire : Oui, mais c’est bien comme c’est ! Les fidèles et les retraitants, mais là où ils sont, c’est parfait. Ils sont vraiment tout proche de nous, il ne faut rien changer. Allons, soyons sérieux et essayons d’entendre un petit peu les réflexions de ces personnes, au hasard, qu’on a eu l’occasion de recueillir.

Eh bien, prenons les dimanches et les jours de grandes fêtes. Laissons de côté cette période de vacances car il y en a encore assez bien qui sont quelque part en Europe en train de se détendre. Voyons les choses telles qu’elles sont.

 

Lorsqu’il y a de l’affluence, eh bien, vous aurez là sur un tout petit espace des hommes qui sont vraiment entassés les uns contre les autres dans une promiscuité qui, à la limite, peut parfois être indécente, sans compter ceux qui doivent rester debout. Lorsqu’on est premier célébrant, on en voit !

Eh bien, mes frères, il y a toute une partie de ces gens qui ne voient pas l’autel. Or la vision de l’autel, dans une Eucharistie, elle est capitale, elle est essentielle. L’autel est le signe de la présence du Christ. C’est le Christ dans son mystère pascal de mort et de résurrection.

Les lectures ? Eh bien, il y a aussi une partie qui entende bien quelque chose, mais ils ne les comprennent pas. Et pendant l’homélie, la plus grande partie entend bien que quelqu’un parle, mais ne comprend pas. Voyez, ce n’est pas possible que ça perdure infiniment, ce n’est pas permis.

 

Alors de plus, pour ce qui est maintenant de l’espace comme tel, le Concile demande que dans une église il n’y ait qu’un seul autel, le maître-autel qui est donc – je le rappelle – la personne du Christ dans son mystère pascal. Il peut y avoir un autre petit autel extrêmement discret pour une eucharistie personnelle quelconque car il y en a toujours. Oui, c’est certain ! Mais ce doit être extrêmement discret !

Or, quand nous voyons les personnes qui viennent ici, elle entre dans la nef latérale où elles voient toute une série de petits autels. Et quand elles ouvrent la porte du fond, elle tombe aussi sur un petit autel et, elles doivent rester là. Quand elles prennent garde, elles verront bien qu’il y a aussi un grand autel, l’autel majeur. Mais il viendra après, il n’est pas le premier.

Et si on entre par le fond, on arrive d’abord dans ce local obscur où il y a deux autel. On passe une seconde porte et on voit à nouveau deux autels. Et puis quand on ouvre la troisième porte, on voit le maître-autel, c’est très bien ! Mais quand on s’avance, on en voit d’autres.

 

Il y a là quelque chose qui est tout à fait anormal par rapport à ce que l’Eglise nous demande aujourd’hui. Notre église telle qu’elle est maintenant, elle est de Vatican I, ne l’oublions pas, de l’époque où on célébrait chaque jour une quantité de messes. Il est arrivé ici qu’il y en avait 30 à 35 tous les jours, des messes dites privées. Il y avait donc une multitude de petits autels et puis un grand autel pour la messe conventuelle. Or tout ça, mes frères, ce n’est plus possible aujourd’hui !

Lorsqu’on a aménagé l’église, il y a de cela plus de 25 ans, on a construit une grande tribune justement pour permettre aux personnes d’assister. Encore une fois, elle ne participaient pas : tout le monde était là. Et maintenant, ce n’est plus permis, il faut vraiment qu’il y ait une participation réelle.

Lorsque nous entendons parfois au cours d’un Office un retraitant qui veut chanter, eh bien tout le chœur est déréglé. Pourquoi ? Mais parce que ceux qui chantent sont déphasés par rapport à nous. Cela ne va pas, ils ne forment pas un corps et ils ne sont pas entraînés par le chœur des moines. Voilà, mes frères, le problème tel qu’il est. !

Donc si nous voulons être vraiment, disons, des catholiques à part entière, si nous voulons entrer dans l’esprit du Concile, de ce que le Pape par l’organe de ses Congrégations nous demande, eh bien, nous devons passer  à une transformation de notre espace liturgique. Comme je l’ai dit hier, déjà plus de quarante monastères de la région France et Belgique francophone l’ont déjà fait.

 

Maintenant il y a autre chose, un second aspect qui n’est plus cet aspect, je dirais, d’ordre thélogal mais qui est un aspect d’ordre technique cette fois-ci. Maintenant, c’est autre chose : comment aménager ? Et ça, c’est une seconde question. Le premier point étant acquis, comment faire ?

Eh bien là, il peut y avoir, disons des divergences de vues. On peut très bien ne pas être d’accord avec un projet qui est présenté. Et ça, c’est une question personnelle, on est libre. Saint Benoît le dit : On peut avoir des opinions différentes. Mais une fois après que ça a été décidé, voilà, tout le monde entre dans ce qui doit être fait. Et puis voilà, le corps du monastère continue évoluer, à se développer et à se sanctifier.

 

            Voilà, mes frères, vous avez donc bien distingué les deux points. Il y a une question de principe qui délimite, je dirais, notre position vis-à-vis de l’Eglise comme telle, c’est-à-dire vis-à-vis du Pape comme tel. Puis il y a le second aspect qui est un aspect technique, je vais continuer à vous en parler.

            Il y a une chose qui est tout à fait certaine, c’est que rien n’a été précipité. Cette étude date de, cette réflexion date de 1978 et nous sommes en 91. Donc voilà treize ans. Et je vous assure qu’en treize ans, il y a eu une grande quantité de réflexions, d’échanges, d’observations d’expériences qui se passaient ailleurs.

            Et voilà, je pense que maintenant il n’y a pas eu de précipitations et on ne peut pas dire que ça a été brusquement comme ça dans la fantaisie d’un esprit plus ou moins brumeux.

 

Voilà, mes frères, je vais continuer demain, mais je pense qu’il serait plus facile de nous réunir dans l’autre salle parce qu’il y aura des plans à exposer et ici ce n’est guère possible.

 

La restauration de notre église.                15.07.91

      4. Genèse du projet.

 

Mes frères,

 

            Lorsque j’ai annoncé au Chapitre en 1978 que en vertu d’un Décret le Saint Siège nous demandait d’aménager notre espace liturgique, notre église de manière à ce que les fidèles puissent participer de façon active à nos actions liturgiques, il y a un frère dans la communauté qui a réagi immédiatement. C’était le Père Albert. Il était l’hôtelier et recevaient les doléances des retraitants. Si bien que il a été de suite fortement intéressé par le projet. Et je vous assure qu’il insistait très fort pour que les choses se fassent le plus rapidement possible.

 

            Il y avait en même temps un second problème qui était celui de l’hôtellerie qui entrait dans un état de délabrement de plus en plus poussé. Si bien que il y avait deux problèmes, et celui de l’église, et celui de l’hôtellerie. L’hôtellerie, il était toujours possible de l’arranger. mais pour ce qui était de l’église, moi je n’y voyais pas clair du tout. Lui, il avait des idées mais qui étaient toutes, toutes irréalisables. Et puis il y en a d’autres en communauté qui sont venus m’en parler également. Donc, je me disais que ça prenait vraiment corps.

 

            Dans un premier temps, pour déjà donner un tout petit semblant de début de solution, à partir de la Semaine Sainte de 1979, nous avons commencé à chanter tous les Office in choro missae, donc dans les stalles du côté du chœur. Et il faut voir quand nous chantions l’Office comme ça se faisait dans le fond des stalles, voyez les retraitants où ils sont maintenant, ils étaient tout à fait dans le noir et ils ne savaient rien suivre du tout. Donc un premier geste a été de se rapprocher d’eux. C’était déjà mieux que rien. Et puis les choses en sont restées là même si on continuait à réfléchir.

 

            Mais le Père Albert faisait partie de la Commission des Monuments et des Sites. Il avait donc beaucoup de relations dans ce milieu artistique et scientifique. Et il est venu un jour me dire qu’il connaissait un architecte qui faisait partie aussi de la Commission des Monuments et des Sites et qui était vraiment bien, un architecte vraiment hors ligne qui avait déjà réalisé de belles choses ailleurs.

Et il pensait que lui pourrait apporter une solution au problème de l’église. C’était Monsieur Dombar qui, entre parenthèses est passé ici la semaine dernière encore. Et voilà, ce Monsieur Dombar architecte a donc été contacté par le Père Albert. Il est venu ici avec son associé et ils ont commencé à regarder l’église, à regarder l’hôtellerie, à regarder un peu l’ensemble du monastère.

 

Je dois dire que moi personnellement à ce moment là, je n’avais aucune expérience en matière d’aménagement moderne d’église. Je ne me voyais pas courir les autres monastères pour voir ce qui s’y faisait, pour savoir ce qui s’y faisait. C’est à l’occasion d’une Conférence Régionale que je pouvais voir à peu près ce qui se faisait ailleurs, mais ça restait très restreint !

Et d’un autre côté, le Père Albert aussi bien que moi, nous étions extrêmement naïfs. En effet, nous nous imaginions qu’un architecte renommé allait avoir l’idée géniale qui permettrait vraiment d’aménager notre église. Nous ne pensions pas du tout qu’un architecte était justement bon pour aménager des salons de coiffure, des halls de banque, même de construire en association un bâtiment pour une compagnie d’assurances, ou bien des maisons pour le privé. Là, les idées foisonnent. Mais aménager une église monastique, pour un architecte, c’était tout autre chose !

 

Mais voilà, on en a parlé pour la première fois au Conseil en mai ou juin 1982. Donc la chose devenait officielle et les architectes étaient déjà venus. Il y a eu alors par après d’autres réunions du Conseil au cours desquelles on a discuté les affaires des architectes, pas seulement l’église mais aussi l’hôtellerie parce que les deux étaient conjoints. Il fallait faire les deux mais la priorité était donnée à l’église, d’abord l’église !

Et puis voilà, le Père Albert est mort le 31 décembre 1982. Cela a naturellement provoqué un petit choc. Mais avant le décès du Père Albert, les architectes avaient déjà présenté des projets. La première chose qu’ils ont fait, c’est de tracé le plan de l’église actuelle, comme ceci, tel qu’il était et tel qu’il est encore maintenant. Ils ont fait des relevés très précis parce qu’ils n’étaient pas seuls : ils avaient des architectes sous leurs ordres. Ils étaient toute une équipe.

 

Voici donc comment les choses sont, voici donc ce qu’on voit en entrant, la partie assez étroite qu’on voit. Voici la sacristie et voici l’entrée par laquelle les retraitants s’acheminent à l’église. Ils se trouvent ici et vous voyez de suite que les retraitants qui sont ici, même le dimanche, ils ne voient pas l’autel, ils ne le voient pas. Toute cette partie-là ne voit pas l’autel.

Voici le chœur, voici les stalles telles qu’elles sont. Et voici au cours d’une célébration comment ils imaginaient la position. Cela figure tout de même bien les choses telles qu’elles se passent encore maintenant. Ils ont donc fait tout ceci et, à partir de là, ils ont commencé à réfléchir.

 

Ils estimaient, et c’était aussi l’avis du Père Albert qui était encore vivant – ne l’oublions pas – que notre église était mal proportionnée en ce sens que cette partie que vous voyez ici colorée ( la nef centrale entre les stalles ) est un long couloir étroit dans lequel il n’y a pas beaucoup de place pour faire quelque chose. Ils voyaient aussi la voûte de l’église, une voûte assez compliquée qui commençait à présenter des défectuosités. Elle commençait à se fendiller et cela c’est beaucoup plus aggravé depuis lors.

Il y avait tout cet espace ici, derrière les stalles ( le chœur des convers ) qui était inutilisé. Et au-dessus se trouve la grande tribune qui était maintenant toujours à peu près vide. Donc, voilà comment les choses étaient. Il y a eu des projets mais je les présenterai demain. Demain nous verrons comment eux, à partir de ceci avaient conçu l’aménagement de l’église.

 

Mais je vais aller un peu plus loin. Donc, le Père Albert est mort le 31 décembre 1982, il y a déjà neuf ans maintenant. Il y avait aussi le problème de l’accès des dames à notre hôtellerie parce que la Congrégation des Religieux ne fait pas de différence entre les hommes et les femmes. Tout le monde doit être admis maintenant à l’intérieur de notre église pour participer à l’action liturgique.

Comment faire pour l’accès des dames ? C’était, çà, un problème beaucoup plus difficile que celui de l’église. Je vous dis, on se heurtait vraiment à des impasses de tout côté. Alors, pour rencontrer là aussi un début de solution, un tout petit début bien modeste et, disons, qui était très honnête, l’Abbé général est passé ici au début de l’année 83, au printemps 83, donc après le décès du Père Albert.

A ce moment-là, je lui ai parlé de ce problème de l’accès des dames et je lui ai demandé s’il jugeait possible que les moniales de notre Ordre qui seraient en habit puissent entrer en clôture et assister aux Offices dans les stalles avec nous, éventuellement assister au Chapitre et même y prendre la parole ; mais pas au réfectoire, ça c’était exclu. Et il a dit que vraiment il fallait le faire, que ça pouvait se faire.

Et c’est ainsi que depuis lors, depuis mai-juin 83, on voit parfois une moniale ou deux de notre Ordre qui chantent l’Office avec nous, ou bien qui sont au Chapitre, etc. Il y en a déjà l’une ou l’autre qui a déjà parlé au Chapitre.

 

Donc voilà, mes frères, où les choses en étaient. Nous allons en rester là pour ce soir. Demain, je vais vous présenter les projets qui avaient été mis au point par les architectes. Je me demande s’il y en a qui les ont vus ? Il me semble les avoir présenté à l’époque là-bas, oui, oui, oui, c’était là-bas à l’hôtellerie.

Enfin, il est bon maintenant de le rappeler pour bien marquer les étapes et l’évolution pour arriver à un projet d’aujourd’hui qui est naturellement assez original et qui, me semble-t-il, permettrait de résoudre tous les problèmes qui se posent. En tout cas, il a certainement un bon point, c’est que rien n’a été précipité.

 

La restauration de notre église.                16.07.91

5. Les deux projets des architectes. [1]

 

………..alors à partir de là, ils ont élaborés deux projets. Leur intuition de base a été celle-ci : c’est qu’il fallait deux endroits distincts pour la célébration liturgique, un pour l’Office, un autre pour la messe. Cette intuition est correcte, nous devons la retenir. Elle existe depuis l’origine. Il y avait, vous vous en souvenez, le chœur de l’Office et le chœur de la messe depuis toujours.

            Et maintenant, nous célébrons l’Office toujours dans le chœur de la messe et, au cours de l’Eucharistie, à un moment donné nous montons dans le presbytère. Et c’est là que l’action liturgique proprement dite s’opère. Donc nous faisons maintenant déjà ce que eux avaient projeté. Mais eux sont allés jusqu’au bout de la logique.

 

            Il y a donc deux projets. Le premier, le voici ici sur le plan. L’Office, pour eux, aurait été célébré dans le presbytère actuel ;. Vous le voyez ici. Il y a donc les hautes stalles et les bases stalles qui auraient été démontées et remontées ici, donc le long des colonnes actuelles. Et on y montait ici et là. Donc il y a toujours une différence de niveau entre les hautes et les basses stalles.

            Les retraitants se seraient placés ici dans l’endroit où ils sont maintenant. Ils seraient restés là et donc il n’y aurait pas eu de véritable participation. Il y aurait ainsi une assistance et ils auraient été un peu plus près. Mais tout de même, ils auraient été derrière dans notre dos, vous voyez ! Donc, je fais déjà une petite critique de ce côté-là.

 

            Maintenant pour ce qui est de la messe, ils plaçaient le chœur de la messe dans notre chœur actuel de l’Office. Voyez un peu ici au centre l’autel. Il y a les places de tous les concélébrants et des frères. Donc tout le monde, tout le monde dès l’origine, dès le début est en cercle autour de l’autel. Cela ne veut pas dire qu’on est debout. Il y aurait des sièges parce que on ne peut pas rester debout tout le temps. Il y aurait des sièges, donc on est debout, on est assis suivant les temps de l’action liturgique. Et les retraitants, eux, se trouveraient ici sur des sièges ou sur des bancs, donc dans les bas-côtés actuels. Et vous voyez que ça correspond à l’angle de vision d’ici.

            Mais la particularité que les architectes avaient trouvé, là on ressent bien l’esprit du monde – ce n’est pas le monde dans le sens péjoratif mais le monde dans le sens noble du terme – il y aurait eu ici des gradins, des gradins ! Donc vous auriez eu l’autel au milieu, les frères et les concélébrants là in plano. Donc je veux dire, comment dit=on cela en français ? ( Le frère Julien : au rez-de-chaussée ! rires ! ) Non, ce n’est pas au rez-de-chaussée, mais voilà, sur le sol.

            Et ici, il y aurait eu des gradins comme on avait à l’époque des romains. On avait un amphithéâtre, vous aviez les jeux qui se faisaient là au niveau du sol, et puis les spectateurs étaient sur des gradins. On a ça dans un stade de football par exemple, on a ça dans un salle de théâtre ou de cinéma. Vous avez des gradins. Donc voilà leur idée !

 

            Et c’est là qu’on sent bien les hommes du monde qui viennent ici au spectacle. Voilà, ils sont là et tout le monde regarde le spectacle de l’Eucharistie célébrée par une communauté monastique. Je ne sais pas quelle participation il y aurait eu, peut-être une petite ? Mais c’est surtout le côté vision, le côté spectacle qui aurait été mis en évidence, cela se voit. Dès l’instant où vous avez des gradins et ou vous avez quelque chose à voir en-dessous, on regarde. C’était leur idée !

 

            Alors ici, on construit un mur, on ferme. C’est fermé jusqu’au-dessus derrière les stalles de l’Abbé et du Prieur. Donc l’église se réduit à ça pour eux dans leur plan. L’Office là et l’Eucharistie ici. Alors cette partie là sous la tribune, mais ma foi ? Je vois que le Père Nivard ouvre des grands yeux, où serait=il placé avec le frère Gérard ? Je n’en sais rien, on aurait bien fait de trouver un coin quelque part.

            Mais enfin, ceci aurait pu servir de bibliothèque par exemple, de bibliothèque. Voilà, tout ça, c’est un bel espace parce que là, on pourrait construire en hauteur jusqu’au-dessus. Disons la bibliothèque actuelle, elle était toujours dans l’état ancien et on n’y pensait pas.

            A Chevetogne, il ne faut pas l’oublier, l’église est construite sur la bibliothèque. Donc il y a là deux étages, il y a l’église au niveau du sol et il y a deux étages sous l’église où on a construit une immense bibliothèque.

 

            Maintenant leur second projet qui est parent du premier, apparenté au premier. Eh bien, on prend le plan ainsi et on le bascule. Pour l’eucharistie, ça reste au milieu, il n’y a rien qui change. C’est toujours là avec encore une fois les gradins ici, et les fidèles qui sont qui assistent et qui participent comme ils peuvent.

            Quant à l’Office, il serait célébré là où se trouvait le chœur des convers auparavant, sous la grande tribune actuelle. Mais à ce moment-là, il n’y aurait plus de places pour mettre les hôtes. C’est à dire qu’ils seraient encor là sur les gradins. Et c’est à partir de cette hauteur qu’ils pourraient voir ce qui se passe ici pour l’Office et plus ou moins participer à l’Office.

            Maintenant ici, on construit un mur pour isoler le presbytère actuel qui, lui, mais voilà, pourrait lui aussi devenir une magnifique bibliothèque. Et l’église, dans cette hypothèse là, serait réduite à un rectangle que vous voyez ici, un grand rectangle pour l’Eucharistie, pour l’Office. Et toute cette partie-là ( le reste ) elle aurait été convertie à un autre usage.

 

            Voilà le projet qu’ils ont exposé et dont ils étaient particulièrement fiers. Ils ont cru qu’on allait applaudir, qu’on allait entrer dans leurs vues tout de suite. Mais on a dit tout de même que on allait réfléchir un peu, que ça nous semblait, enfin, il faut tout de même mettre un peu des gants. Il ne faut pas trop froisser les gens. Finalement, on a dit que ça n’allait pas et on a laissé tomber la chose, on l’a laissé tomber. Ils en ont été assez marris comme on dit. Et puis après ça, ils ont été à court d’idées. Ma foi, ils avaient épuisé toute leur matière grise pour trouver ceci !

            Maintenant vous autres, est-ce que vous pensez que cela aurait bien été ? Je vous l’ai dit au début, on est extrêmement naïf parce qu’on place les architectes sur des hauteurs artistiques formidables un peu comme on divinise la médecine et les médecins. Ce sont des gens qui opèrent des miracles et quand ils ont dit quelque chose, c’est comme ça !

            Nous autres, on pensait un peu que des architectes, mais pour une église, ils allaient trouver des choses formidables. Mais vous vous rendez bien compte que dans le fond, eux, ils ont projeté sur l’église quelque chose qu’ils avaient fait dans un théâtre, ou une salle de cinéma, ou un stade de football. C’est ça qu’ils essayaient de reproduire ici.

            La messe est un spectacle. C’était peut=être des gens qui ne mettaient jamais les pieds dans une église. Je n’en sais absolument rien du tout, mais c’étaient des chrétiens quand même. Attention ! C’étaient vraiment des braves gens. Mais voilà, ils ne savaient pas ce que c’était vivre dans un monastère. Et le cœur du monastère, c’est l’Office et l’Eucharistie. Et ça va donner, et ça donne la vie, mais ils n’en avaient absolument pas la moindre idée et ils ont vu tout comme un spectacle, comme quelque chose qu’on regarde.

           

Voilà mes frères, et un peu après ça, le Père Albert est mort. Cela m’a beaucoup ennuyé tout cela, cela m’a beaucoup tracassé parce que il prenait cela extrêmement à cœur. Il en avait presque fait l’affaire de sa vie. C’était quelque chose qui collait à lui, à sa sentimentalité. Et puis voilà, il est mort.

Et après ça, nous étions en 1983 et le projet à été mis non pas aux oubliettes, mais il a été glissé dans le tiroir. Le voici ! Et puis on l’a laissé tomber, pas tomber mais ensommeiller le projet de l’église parce qu’il y en avait un autre plus urgent qui était celui de l’hôtellerie. En effet, vous vous en souvenez, il n’était plus possible de prendre des retraitants tellement il y sentait mauvais. Cela n’était plus permis. Donc l’attention s’est portée sur l’hôtellerie.

Mais pendant ce temps-là, en souterrain, en souterrain le projet de l’église continuait à fermenter parce que les pressions venant de l’extérieur, et même de l’intérieur de la communauté étaient toujours présentes.

 

La restauration de notre église.                20.07.91

      6. Considérations sur l'église actuelle.

 

Mes frères,

 

            Après le rejet des plans présentés par les architectes, la situation paraissait totalement dans une impasse. Plus personne ne savait ce qu’on devait faire, ce qu’on devait changer. Mais pour mieux comprendre la suite, nous ne devons pas voir l’Abbaye telle qu’elle est aujourd’hui, mais telle qu’elle était alors en 1982.

Je le rappelle brièvement, l’hôtellerie se trouvait dans un état de délabrement de plus en plus accentué. Un an plus tard, il était devenu pratiquement impossible de l’entretenir, de la nettoyer et elle était inhabitable à cause des odeurs pestilentielles vraiment qui commençaient à l’envahir. On ne savait pas d’où elles venaient ! Donc la situation était telle.

En outre, nous avions une bibliothèque qui était dans un désordre total et qui ressemblait plutôt à un taudis qu’à autre chose. Or, à la Visite Régulière, à deux reprises on avait insisté pour que la bibliothèque soit remise en ordre et à la disposition des frères. Nous n’avions pas de salle capitulaire non plus. Donc, voilà telle qu’était la situation alors !

 

Comme on était dans une impasse, le Père Albert a eu une dernière idée. C’était celle-ci : Puisque on ne pouvait pas aménager cette église-là, que ça paraissait tout à fait impossible, eh bien, qu’on en construise une nouvelle. Donc construire une nouvelle église à l’emplacement de l’ancienne, l’ancienne donc d’avant la révolution.

Elle se trouvait, cette église, à peu près dans le prolongement de l’actuelle cuisine, de ce côté-là, du côté des couches du Père Nivard. Là était l’ancienne église. C’était l’idée du Père Albert, une petite église là-bas. Et alors, l’église actuelle, c’était tout simple, elle devenait la bibliothèque.

Il faut ce replacer dans le contexte de l’époque pour comprendre ça. Mais c’était malgré tout très utopique de construire une église là-bas et les choses en sont restées là. Et puis le Père Albert est mort et il y a eu d’autres choses. Il y a eu le problème de l’hôtellerie à résoudre en priorité.

 

Ce sont les mêmes architectes qui s’en sont occupés avec beaucoup de déboires d’ailleurs parce que dans leurs manies d’architectes, ils voyaient ça un peu comme une salle, une immense salle polyvalente, vous voyez, avec des cloisons mobiles. On pouvait arranger ça comme on voulait suivant les circonstances. Et le bureau de l’hôtelier suivait le mouvement de ces cloisons mobiles.

C’est ce qu’on trouve ailleurs, pas dans d’autres abbayes, mais dans le monde, c’est tout a fait ordinaire de voir des choses pareilles. Et c’est très pratique dans les salles de restaurant pour les réceptions. Donc, on s’est occupé de ça.

Puis, il a fallu attaquer la question de la bibliothèque et ainsi les années sont passées et l’église restait toujours là. Mais attention, ça continuait malgré tout à travailler dans l’esprit de quelques-uns d’ici.

 

Voici sur le plan la situation de l’église actuelle telle qu’elle se présente aujourd’hui, maintenant. C’est encore les architectes qui ont traité cela. Vous avez donc ici le chœur de l’Office. Vous avez ici le presbytère avec une célébration idéale avec les frères et les pères. C’est comme ça que ça se présente quand il y a beaucoup de monde. Ici est la sacristie, le déambulatoire est là ; c’est par ici que les retraitants entrent, ici est le hall d’entrée. Ici c’est l’ancien chœur des convers au-dessus duquel se trouve la tribune.

La première chose que nous avons faite quand nous avons repensé un peu sérieusement l’aménagement de l’église, c’est de procéder à des sondages, c’est-à-dire de sonder, de savoir exactement comment était construite cette église. Donc sonder les murs et sonder les colonnes. Vous voyez ici, il y a beaucoup de colonnes, certaines sont même très fortes.

On a sondé et on s’est aperçu que en fait l’église était simplement un mur de briques avec une voûte soutenue par des colonnes naturellement. Mais ces colonnes elles-mêmes, ce sont des colonnes avec un cœur  de quelques briques et puis tout le reste, c’est du plâtre. Auparavant, ces colonnes-ci étaient des colonnes cylindriques. Quand on a réaménagé l’église une première fois à l’époque de Dom Félicien, on les a transformées en colonnes hexagonales avec du plâtre. Donc, toute notre église ici, c’est du plâtre.

 

Qu’est-ce qu’ils ont fait encore, ceux qui ont construit ? Il y a donc ici huit travées, eh bien, on a rempli l’intervalle entre les colonnes , on l’a rempli d’un petit mur de briques très léger et sur lequel on a de nouveau mis du plâtre. On a dessiné, toujours en plâtre, une ogive pour faire néo-gothique et , à l’intérieur de cette ogive, on avait peint des portraits de tous les saints de l’Ordre.

Et alors ici, il y avait tout un monde angélique au-dessus dessiné. Donc on avait arrangé des ogives pour pouvoir y placer des figures de saints. Mais au fait, tout cela c’est du remplissage, il fallait remplir un trou, un vide. Voyez !

 

Et ici, pour consolider l’ensemble car c’est un ensemble assez fragile malgré tout, on avait placé ici un tirant, un tirant entre ces deux colonnes-ci et de là à là au-dessus du presbytère pour maintenir ensemble les murailles. On a fait sauter ce tirant ici du milieu, qui était au milieu du presbytère, je ne sais pas quand, c’est avant la guerre. Mais il paraît que cela a fait une détonation formidable et qu’on n’a pas osé toucher aux deux petits, c'est ça qui tenait les murs ensemble. Donc les murs maintenant ont une tendance à se laisser aller. Ce n'est pas grand chose, mais tout de même ça bouge.

Et le résultat, à cause des déflagrations de la carrière Lhoist et des avions à réaction, c'est que les voûtes commencent à se fendiller et, quand on regarde, ces fentes s'étendent et s'élargissent. Si bien que si on laisse les choses se poursuivre, il ne faudrait pas s'étonner de voir tomber une brique ou l'autre un jour de la voûte. Donc voilà comment les choses sont. Il n'y a finalement rien de bien précieux à l'intérieur de cette église et il suffit de retenir ceci :

 Tout ce qu'on voit qui a une certaine forme, c'est du plâtre. Vous avez ici de chaque côté de ces ogives jusqu'à la hauteur du départ de la voûte, vous avez de ces petites colonnes comme ça. Eh bien ça, c'est pur ornement, c'est entièrement du plâtre, on pourrait l'enlever. On a donc orné comme ça de façon artificielle. Mais si on enlevait tout le plâtre qui se trouve là, on n'aurait plus que les murs naturellement et à la place des colonnes, on aurait quelque chose comme ça de peut-être vingt sur vingt mais en briques encore.

 

Donc, mes frères, s'il faut restaurer l'église, la réaménager, il faut bien tenir compte de ça. Et disons que, appelons cela des défauts, oui, ce sont des défauts qu'il faudrait s'appliquer à corriger.

 

Eh bien voilà, nous allons en rester là pour ce soir. La fois prochaine, nous allons encore avancer un petit peu. Vous vous rendez compte qu'on approche maintenant du projet. Mais ce ne sera pas encore la fois prochaine que vous verrez présenter ici ce projet parce que il faut avant définir un peu la philosophie de ce projet.

Ce n'est donc pas une fantaisie qui est venue comme ça dans la tête, dans la mienne d'abord, puis dans la tête de l'un ou l'autre. Non, il y a là quelque chose en-dessous ; il y a un soubassement d'ordre, appelons-le philosophique, d'ordre, appelons-le aussi mathématique parce que nous sommes ici dans un espace géométrique , et puis surtout un aspect d'ordre théologique.

Il faudra bien définir cela et, quand ce sera bien défini, alors vous verrez apparaître quelque chose qui évoquera plus ou moins ce que pourrait être notre église dans un avenir plus ou moins rapproché.

 

 

 

 

 

 


La restauration de notre église.                21.07.91

      7. Principes de l'étude du projet.

 

Mes frères,

 

            Je vais maintenant dégager à votre intention les principes qui ont présidé à l'étude du projet de rénovation de notre église monastique.

 

            Cette église est une enceinte sacrée à l'intérieur de laquelle le Peuple de Dieu rassemblé par l'Esprit Saint célèbre dans la foi, l'espérance et la charité le mystère de son Salut, à savoir la Pâque du Seigneur, la mort et la résurrection de Jésus le Christ, et cela à la louange de la Sainte Trinité.

            Au moment de cette célébration, le peuple de Dieu a atteint la vérité totale. Il entre dans l'accomplissement de la vérité première et dernière, cette vérité étant le projet de Dieu parfaitement réalisé, Dieu devenant tout en toutes choses. Il l'est déjà dans la célébration du mystère qui est un sacrement et qui rend présent la réalité de cette vérité.

            C'est la raison pour laquelle un moine, puisque nous sommes ici dans un monastère et dans une église monastique, un moine doit être un homme parfaitement vrai dans ses pensées, dans son cœur, dans son corps, dans tout son être. Certes il y a toujours le péché! Nous sommes en route vers cette vérité mais nous la possédons en espérance et chaque fois que nous posons un acte de vraie charité. Voilà donc le principe fondamental !

 

            Vous comprenez alors qu'il est en soi idéalement nécessaire que le lieu dans lequel cette célébration s'accomplit soi lui-même rayonnant des vérités. Il doit donc être vrai, ce bâtiment, dans ses structures, dans ses dimensions, dans ses rapports géométriques. Il doit être vrai dans les matériaux qu'on utilise. Ce doit être des matériaux purs, des matériaux saints qui sortent pour ainsi dire de la main de leur Créateur.

            Il ne peut pas y avoir dans ce bâtiment une postiche, du faux, du tape à l'œil. Il faut que le regard, il faut que les oreilles même, il faut que le corps perçoivent un ensemble vrai. Et ça naturellement, c'est l'idéal ! Alors tout est dans la vérité, le bâtiment, la célébration, les hommes et on a là vraiment, mais toujours dans la foi, toujours dans le mystère, on a là la présence, je dirais, du monde accompli. C'est ainsi que le Concile nous le présente.

 

            Maintenant, quand nous regardons notre église telle qu'elle est actuellement, nous voyons qu'elle est loin, très, très loin de cet idéal. Comme je vous l'ai expliqué, comme je vous l'ai montré, il y a dans notre église en pratique beaucoup, beaucoup de choses qui ne sont pas vraies. Vous savez que à part, disons, les substructures, l'ossature donc du bâtiment, c'est du remplissage de plâtre, du stuc comme on dirait.

            Et ceux qui l'ont construit le savaient car les anciens ici se rappellent que sur les murs on avait dessiné des apparences de pierre. Les anciens doivent se le rappeler. Donc, on avait l'illusion de se trouver dans un bâtiment construit avec des pierres, mais c'était de la peinture sur les murs.

 

            Alors, la première chose à faire naturellement, c'est d'utiliser des matériaux vrais. Nous devons donc pour entrer dans cette vérité globale, nous devons utiliser mais de la vraie pierre, non pas une apparence de pierre dessinée sur du plâtre, mais de la vraie pierre.             Et quelle pierre utiliser ?

            Quand nous nous reportons aux origines de notre Ordre et que nous voyons ces premiers monastères surgir de terre dans la Bourgogne qui n'est pas tellement loin d'ici. Et il est toujours utile de rappeler qu'à ce moment-là, nous faisions, nous, partie de la Bourgogne. La Bourgogne était, devenait un immense pays qui s'étendait depuis le Rhin et puis les bouches de la Meuse jusqu'à la Bourgogne actuelle.

            Donc il y avait là des échanges, il y avait des mouvements de commerce, des mouvements de vie qui suivaient les grands fleuves surtout, qui suivaient la Meuse, qui suivaient le Rhin. Et tout ça arrivait ici dans nos régions qui étaient en train d'avoir une prospérité inouïe.

 

            Et nous avons donc pensé que le plus sage et le plus vrai encore était d'utiliser pour l'aménagement de l'intérieur de notre église de la pierre de Bourgogne. Vous avez vu, c'est de la pierre comme vous voyez et je n'ai pas besoin d'expliquer. Il faut savoir qu’il y avait auparavant à cette époque-là, donc très, très, très lointaine, il y avait aussi ici dans nos régions des carrières de cette pierre. Il en existe encore une dans la région de Govertanche?.

Et c’est avec ces pierres de Govertanche qu’ont été construits les grands monuments de la Belgique, des Pays-bas à l’époque : l’Hôtel de ville de Bruxelles, Sainte Gudule, enfin beaucoup, beaucoup, la plupart des monuments de l’époque sont faits avec les pierres de cette carrière qui existe encore aujourd’hui. C’est une très belle pierre ! Enfin vous la connaissez puisque vous la voyez ici amoncelée.

Mais il y a aussi autre chose, oui, il y a le sol. Dès l’instant où on utilise ce type de pierre, il faut être logique jusqu’au bout, et il faut sur le sol pour que ce soit parfaitement fait placer aussi des dalles qui sont aussi des dalles de Bourgogne, comme vous en avez ici au Chapitre, comme vous en avez à l’hôtellerie. Tout ça forme un ensemble, un ensemble qui est harmonieux, dans lequel il n’y a pas de discordance.

 

Mais il faut encore aller plus loin. Notre église, telle qu’elle est construite maintenant – mais ça, je l’expliquerai davantage demain – elle est parfaite dans ses dimensions en plan, au sol donc et en élévation. Jusqu’à présent, j’avais toujours entendu dire – c’était une obsession chez le Père Albert – que l’église n’avait pas ses dimensions, que c'était un couloir étroit dans lequel on ne pouvait rien faire.

Eh bien, il n'en est pas ainsi, il suffit de rectifier quelques petites choses. Par exemple, la voûte actuelle est trop basse. C'est ça qui donne une impression de couloir étroit. Pour être harmonieux, théoriquement elle doit être plus haute. Et alors, il y a les bas-côtés, les nefs latérales qui ont été bouchées pour faire une sacristie et pour faire un couloir dans lequel on avait placé des autels pour les messes privées.

            Il faut ouvrir tout ça et alors on retrouve l'église telle que les architectes de l'époque on construit en plan et – j'expliquerai cela demain – que par une sorte d'instinct, ils sont tombés juste. Mais alors, cette église a été construite à la fin du siècle dernier, donc voici cent ans maintenant. Et à cette époque comme au début de ce siècle, ce qui prévalait partout, c'était le néogothique. Vous avez ça dans toutes les églises trappistes construites à cette époque.

 

Or, le néogothique de cette époque, qui date de cette époque est intimement lié à la liturgie qu'on célébrait alors. Les deux allaient ensemble, un appelait l'autre. Or à ce moment-là, la liturgie était arrivée au plus profond, au plus bas de sa décadence;

Le Concile a heureusement rétabli tout cela. Nous avons eu ici des conférences, il y a quelques années, du Père Nocent de Maredsous, donc qui est le grand professeur de liturgie à Rome. Et il nous a donné des exemples frappants, vraiment évocateurs de cette décadence quasi absolue de la liturgie. Je ne vais pas les rappeler ici, certains s’en souviennent encore ? Peut-être que la plupart l’ont oublié, mais ça ne fait rien. Cela marquait bien où on en était.

 

Or, la toute première Constitution que le Concile a élaboré, c’est la Constitution sur la Liturgie. C’est par là qu’il fallait commencer, remettre de l’ordre là-dedans. Maintenant nous avons une liturgie qui est une liturgie vraiment juste, qui est une liturgie vraie. Et nous, entre-temps, nous avons retrouvé l’Office de Saint Benoît.

Or, voyons un peu les choses ! L’Office de Saint Benoît, je le rappelle, c’est la récurrence hebdomadaire et même quotidienne de la Vigile Pascale. Donc, à l’intérieur de l’Office tel qu’il est structuré par Saint Benoît, nous célébrons sans arrêt le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, cette Vigile Pascale qui récapitule l’histoire de l’humanité, et l’histoire en tout particulier du peuple chrétien. En outre, l’Eucharistie a été rétablie aussi dans sa pureté.

 

Nous avons donc là vraiment dans notre enceinte sacrée maintenant, disons au plan liturgique, nous sommes en possession de la vérité. Cette liturgie vraie, il n’est donc pas possible qu’elle soit célébrée dans un bâtiment dont la structure architecturale néogothique est liée à une liturgie qui n’était pas vraie. Il faut donc en modifier aussi, disons, la présentation architecturale.

Et l’idéal, c’est de revenir aux sources. Comme on est revenu aux sources pour la liturgie eucharistique, comme on est revenu aux sources pour la liturgie de l’Office, il faudrait revenir aux sources pour l’architecture de l’enceinte sacrée dans laquelle ces mystères sont célébrés. Or, c’est ce que les tout premiers cisterciens avaient retrouvé, eux qui revenaient à la pureté de la Règle de Saint Benoît.

Voyez ! Toujours cette exigence de pureté, cette exigence de vérité qui est essentielle à l’Ordre monastique cistercien. Nous devrions donc en revenir au style architectural qui était celui de l’époque, qui est le style roman. Il ne s’agit pas de faire du néo-roman à la place du néogothique. Non, il faut retrouver quelque chose de vrai, et dans les matériaux mais aussi dans la structure.

 

Or, et je vais en rester là pour aujourd’hui, tous les monuments de cette époque-là et de l’époque antérieure, on peut remonter très loin, on peut remonter jusqu’aux pyramides d’Egypte, on peut remonter en passant par le Temple de Jérusalem en passant par les monuments de la Grèce antique dont le Parthénon = donc ce n’est pas quelque chose qui est surgit comme ça au Moyen Age – non, c’est la technique du nombre d’or. Tout jusqu’à la renaissance est construit d’après le nombre d’or.

Eh bien, je vais en rester là et je vous expliquerai cela demain. Je vous expliquerai dans la mesure du possible ce qu’est le nombre d’or, ce qui donne à un édifice sa parfaite harmonie dans laquelle l’homme dans sa chair et dans son esprit se sent bien, et à l’intérieur duquel une liturgie vraie et pure peut se célébrer.

 


La restauration de notre église.                22.07.91

8. Le nombre d'or.

 

Mes frères,

 

            Les artisans, les architectes, les ouvriers du Moyen Âge qui édifiaient les cathédrales et les monastères travaillaient tous indistinctement selon les règles du nombre d'or qui est aussi appelé la divine proportion.

            C'est donc un jeu de rapports qui est inscrit dans la nature et qui est inscrit dans notre corps. Si bien que cette proportion divine se trouvant partout dans l'édifice, les hommes qui entrent dans ce bâtiment et qui y vivent se trouvent un peu comme dans le lieu de leur origine.

 

            Voilà, je vais donc vous donner un exemple ici, ce que donc un architecte en chef des monuments historiques de France dit : Les plans des constructions traditionnelles sont ordonnés autour d'un carré directeur qui est la forme initiale ou d'un double carré qui les allie symboliquement au ciel et à la terre. Donc, c'est selon l'ordre symbolique, mais l'homme lui-même est construit sur le symbole.

            Maintenant, les cotes des constructions traditionnelles sont exclusivement exprimées en pieds et en coudées, unité de mesure sacrée définie par la longueur du pied ou de l'avant-bras du Dieu créateur. Donc, lorsqu'ils avaient autant de coudées, autant de pieds, ils sont en communion avec Dieu qui, lui, pour créer l'univers a utilisé comme mesure son pied et sa coudée.

            Nous allons, nous, peut-être trouver que c'est très, que c'est un peu enfantin tout cela ? Mais non, vous allez voir que c'est une intuition parfaitement juste sauf si c'est présenté de façon anthropomorphique, mais c'est très, très juste !

 

Maintenant, les cotes en pieds et coudées de la forme initiale et des lignes traditionnelles des bâtiments sont universellement comptées en nombres privilégiés. Eh bien, le nombre par excellence, c'est le nombre d'or, le premier.

            Voilà, vous avez ici un carré. J'accole à ce carré un second carré identique. Nous avons alors le rectangle ABCD composé de deux carrés. Je tire alors les deux diagonales AC et BD qui se croisent au point O. J'ai deux triangles rectangles, plusieurs même triangles rectangles. Je vais m'arrêter à celui-ci qui est le plus visible, ACD.

            Nous savons, Pythagore qui vivait au 6° siècle avant notre ère nous a enseigné que le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. Nous avons donc ici : ce côté-ci c'est 1, ce côté-ci c'est 2, donc c'est deux fois celui-là puisque ce sont deux carrés. Nous aurons donc AC² = AD² + DC². Le carré de 1², 1 x 1 c'est 1. Le carré de 2, 2 x 2 = 4. Donc AC² = 5. Donc AC simple, racine carrée de 5 est égale à 2,236. Donc AC = 2,236.

 

            Maintenant, à partir du point d'intersection de deux diagonales, je trace un cercle qui a pour diamètre AD. Je trace ce cercle et il coupe l'hypoténuse AC au point F. Maintenant, faites bien attention ! Regardez le FO, c'est le rayon du cercle. C'est bien ça ! Et le rayon du cercle, c'est la moitié de AB. Vous voyez, ceci est égal à cela. Donc FO = AB/2, donc = ½.

Maintenant OC, regardez bien, OC c’est la moitié de AC. C’est bien ça, OC = AC/2. Maintenant FC, FC est égal à FO + OC. Or FO = ½ et OC = à AC/2 c’est à dire Racine carrée de 5/2. Mais OC, c’est la moitié de AC et donc c’est Racine carrée de 5/2. Donc = 1 + Racine carrée de 5/2.

Donc cette longueur-ci est égale à 1 + Racine carrée de 5/2 et c’est ça le nombre d’or, c’est ça le nombre d’or. Donc = 1+Racine carrée de 5/2, je le répète. Et quand je fais cette opération-là, j’obtiens 1,618 = le nombre d’or ou bien phi. Quand on dira phi, c’est toujours 1,618.

Ce sont des proportions que j’utilise, dans le système métrique, le système par coudées, c’est toujours 1,618. Et nous sommes construits, nous, sur 1,618. Si je fais ceci, le rapport entre la partie supérieure et la partie inférieure, c’est 1,618.

 

Je vais vous montrer des choses étranges. Maintenant j’ai donc AC qui est égal à ceci. FC, c’est le nombre d’or. Si je prends la longueur AF qui est égal à AC – FC. Or AC, c’est 2,236. FC, c’est le nombre d’or, 1,618. Eh bien, le résultat c’est 0,618 qui est égal à 1/phi. Vous voyez les jeux qui commencent. Il y en a encore bien d’autres mais ce sera sans doute pour demain.

Je veux vous en signaler un seul, un seul tout de suite, tout de suite. C’est celui-ci : j’ai donc le nombre d’or 1,618. Si je multiplie ce nombre d’or par le nombre d’Osiris – Osiris est un dieu égyptien, et le nombre d’Osiris c’est 12/10. Donc si je multiplie le nombre d’or par 12/10, NON attendez un peu, je vais trop vite !

            Je prends le nombre phi et je l’élève au carré, phi². Or phi² X Osiris – c’est parce que j’ai sauté des choses ! – or ce qui est extraordinaire, le nombre d’or élevé au carré = 2,618. Maintenant je le multiplie par 12/10. Eh bien, qu’allons-nous trouver ? 3,1416, 3,1416 qui est le nombre pi. Vous voyez un peu tous les jeux qu’il y a là dedans à partir du nombre d’or.

 

Maintenant, pour vous dire que ce n’est pas seulement ici dans l’architecture, le nombre d’Osiris, donc 12/10, c’est l’intervalle DO – MI dans la gamme ; et le nombre d’or, c’est l’intervalle MI – SOL.

Il y avait à Clairefontaine un facteur d’orgue qui mettait des nouveaux jeux et cela fait qu’on parlait un peu de ça. Et je lui dit que le nombre d’or était l’intervalle MI – SOL. Il a fait  toutes sortes de calculs et il a dit : c’est juste !

Donc, quand on traduit l’intervalle MI – SOL en termes mathématiques, on arrive à 1,618 ; et quand on traduit l’intervalle DO – MI en mathématique, on arrive à 12/10, donc à 1,2. Donc vous voyez déjà que le chant grégorien tel que nous l’avons, cette modalité, elle est à partir du nombre d’or.

 

            Si bien que ce chant grégorien, il appelle que ce soit donné dans un édifice construit sur les règles du nombre d’or ; et il est chanté par des hommes qui sont créés sur le nombre d’or ? Voyez cette unité !

            Enfin, nous en resterons là pour aujourd’hui. J’espère que vous n’avez pas trop de vertige ? Est-ce que vous avez tous compris ? Je n’en sais rien !

 

UNE VOIX : Et l’église, c’est pour quand ?

            Réponse : Patience, cela viendra !


La restauration de notre église.                23.07.91

9. Le nombre d'or (suite).

 

Mes frères,

 

            Nous avons donc vu la nature du nombre d'or qui, je le rappelle, s'appelle aussi le nombre phi. C'est que ce nombre d'or, appelé aussi divine proportion, a des propriétés étranges. Je vous en ai détaillé quelques unes mais il y en a encore bien d'autres naturellement.

            Les anciens ne connaissaient pas le système métrique. D'ailleurs, ils ne parlaient pas en unités de mesure ; ils avaient une tout autre approche de la réalité. Ils parlaient toujours en terme de relation proportionnelle. Pour nous, c'est très difficile de raisonner ainsi parce qu'il est beaucoup plus commode parler en mesure, le cm, le dm, le m, etc.

            Or, la base de tout leur système de relation en architecture, en distance aussi, c'était ce fameux nombre phi – vous allez le voir – nombre phi qui est inscrit en nous. Ce n'est pas quelque chose qui est uniquement géométrique, il est géométrique à partir de nous.

 

            Voilà, l’unité, donc le 1, c’est l’empan. Et l’empan, c’est ceci : de l’extrémité du pouce à l’extrémité du petit doigt. Puis il y a le pied. Le pied, lui, il est égal à phi. Le pied, c’est le nombre d’or, donc c’est 1,618. Il y a la coudée et la coudée, c’est de l’extrémité du doigt au coude. Et la coudée, c’est phi ², donc 2,618. Donc nous avons l’empan, nous avons le pied et nous avons la coudée, mais ce sont des proportions : 1, phi et phi ².

            Maintenant quand on descend, quand on descend on a la palme, la paume de la main. Et la palme, c’est 1/phi, et 1/phi = 0,618 en proportion. Ce ne sont pas des cm ni rien du tout, c’est la proportion 0,618.

            Maintenant il y a une autre mesure qui est la paume. Et la paume, c’est ça, l’intérieur de la main. La paume, puisque vous êtes des mathématiciens en herbes, la paume c’est 1/phi ² = 0,382. Donc voilà un système appelons-le de mesures, mais ce sont des proportions : 1, 1/phi et 1/phi ².

 

            Maintenant voyons des choses étranges pour nous et toujours ce nombre phi qui est comme un nombre magique. Si vous voulez bien regarder : 1/phi ² + 1/phi = 1, et nous retrouvons l’empan.

            Il y a encore d’autres mesures, par exemple la ligne. La ligne, c’est le diamètre d’un grain d’orge. Et pour ceux qui connaissent l'orge - il a une forme assez spéciale – ils savent qu'il est une des céréales les plus grosses. Et quand on la regarde de plus près, elle a une forme qui se rapprocherait de ceci. Et le pouce, c'est 12 lignes

 

            Donc voilà, vous voyez bien maintenant comment ils construisaient leurs églises et leurs monastères. Et en se basant là-dessus, voyez que tout dans le monastère était vraiment la projection de ce qu'est l'homme parce que les proportions étaient inscrites en eux. C'était donc ceci : c'était le pied, c'était la coudée. Donc partout, partout, partout chez eux il y a le fameux nombre phi. Tout, tout, tout partout, il n'y a pas 1m² où il n'y a pas de phi. Cela nous paraît très étrange, mais c'est ce qui fait que lorsque on entre dans ces églises, on éprouve un sentiment de bien-être parce qu'elles sont en parfaites harmonie avec notre corps, avec nous.

 

            Maintenant, après ce petit préambule, ce nombre phi, ce nombre d'or est en relation  étroite avec le pentagone. Le pentagone est une figure géométrique à cinq côtés. Nous voyons ici un pentagone inscrit dans un cercle et, quand on trace ces lignes, on obtient une étoile qui a cinq branches.

            Pourquoi, pourquoi le centre, le cerveau stratégique des Etats-Unis s'appelle-t-il le Pentagone ? Je ne sais pas. Est-ce que parce que c'est un bâtiment construit en forme de pentagone ? Mais c'est peut-être en relation avec ceci parce que cette étoile à 5 branches ça symbolise le sommet de leur puissance, parce que c'est vraiment ceci le nombre phi à son, je dirais, à son maximum d'efficacité.  

            Vous avez des Etats qui ont une étoile ! Je me demande bien si l’étoile qui se trouve su le blason de Saint Remy, je pense bien qu’elle est à cinq branches. Je pense que notre historien du lieu ici pourrait nous le préciser. Le frère Pierre : oui, c’est à cinq branches. Voyez donc, l’étoile de Saint Remy est à cinq branches parce que…Comment ? Le frère Julien : l’étoile rouge ?

            L’étoile moscovite aussi, oui, oui, oui, oui, l’étoile de l’Union Soviétique est aussi à cinq branches. Cela va de soi, une étoile à cinq branche est le sommet de la puissance. C’est toujours en relation avec la divine proportion dont nous avons parlé.

 

            Maintenant, vous voyez ici, vous avez les angles. Comme c’est un pentagone, vous savez ou vous ne savez pas que chaque angle a une valeur de 108°. Si je prends la base du pentagone qui est donc inscrit dans un cercle, et que à l’extrémité ici j’élève une verticale vraiment en angle droit qui va trouver le cercle ici, cette verticale, c’est le nombre phi, c’est le nombre d’or 1,618.

            Alors, vous avez ici un triangle, vous en avez un ici, vous en avez un là. Vous aurez donc cinq triangles. Il y en a un là qui est détaché et le voilà ici, il est agrandi naturellement. Eh bien, c’est ce qu’on appelle le triangle divin. Voyez, il y a beaucoup de divin là-dedans et nous devons faire un effort et nous replacer dans le contexte culturel et religieux de l’époque.

            Donc, comme je vous le disais hier, Dieu a créé le monde en se servant comme mesure de son pied, de sa coudée et de sa main. Il crée avec sa main, il a créé l’homme. Il a pris de la glaise, il a façonné un homme à son image et ressemblance exactement comme il est. Donc, quand Dieu crée le monde il l’a créé aussi en proportion – encore une fois – de ce nombre d’or. Et c’est pour ça que le terme divin intervient toujours.

 

            Et ceci, c’est le triangle divin. Ce sont les francs-maçons qui représentent le triangle avec un œil. Nous sommes en bonne compagnie. Eh bien, c’est encore les maçons de cette époque-là qui avaient leurs secrets. Ils avaient leurs secrets, ils étaient initiés par leur corporation et se communiquaient ça de bouche à oreille. Et voilà, c’est tout à fait normal que dans un triangle divin comme celui-ci, ils placent cet œil.

            Naturellement la franc-maçonnerie a bien évolué depuis lors. Mais au début, il ne faut pas la voir comme elle est maintenant, c’était vraiment une congrégation, une corporation très sainte qui avait ses sains, ses réunions liturgiques. Voilà !

 

            Donc le triangle divin ? Eh bien ce triangle, il a ici un angle au sommet de 108° et il aura 36° ici et 36° là. Eh bien ceci, encore une fois qui est extrait du pentagone, est tout à fait le nombre d’or encore une fois. Car si je divise BT par AB, j’ai 1,618. De nouveau j’ai le nombre d’or.

            Si bien que lorsque vous êtes quelque part et que vous rencontrez ces angles-ci, donc des angles qui sont des sous-multiples de 108, vous aurez 108, vous aurez 72, vous aurez 54, vous aurez 36, vous aurez 18, vous aurez 9, et à ce moment-là vous êtes dans la sphère du nombre d’or.

 

            Donc ce n’est pas seulement de façon linéaire, mais c’est aussi à partir des angles des angles de vision. Lorsque vous êtes dans un édifice établi suivant les lois du nombre d’or, vous regardez, vous voyez. Eh bien tout, les fenêtres donc dans une église, ces fenêtres vous les voyez lorsque vous êtes entre deux fenêtres suivant un certain angle qui doit être le nombre d’or, ça doit être 18°, 36°, 54°, et toujours comme ça.

            Parce que c’est aussi la vision qui doit être dans le nombre d’or et absolument tout l’être. Et je le disais hier, aussi l’ouïe, l’oreille parce que les neumes grégoriens sont construits sur le nombre d’or également et ça forme une parfaite unité. Ce sont des choses qui nous paraissent étranges mais qui marquent quand même une bonne santé et un bon équilibre humain, psychologique et alors spirituel.

 

            Enfin, encore un petit détail parce qu’il y a encore une figure ici. Cela va aller très vite, mais il y a beaucoup de lettres et alors je dois reprendre mon petit papier. Donc, vous avez ici un triangle rectangle où, voilà, on a pris ce point-ci pour tracer un arc de cercle. Puis, à l’endroit de l’intersection de cet arc de cercle avec AC, on a replacé le compas ici et on a tracé cet arc de cercle-ci. Nous en avons donc deux.

            Je ne vais pas entrer dans tous les détails parce que nous n’avons pas le temps et je vais directement à la conclusion : c’est que nous avons ici un double phénomène. AE/EB donc A/B est égal au nombre d’or = 1,618. Maintenant AE = EB, donc AB/AE, c'est aussi le nombre d'or. Mais il est temps d'aller à l'église et je vous laisse avec ces beaux dessins.

 

            Mais ce qui est bien, c'est de retenir deux choses, de retenir ceci : le nombre d'or est calculé à partir aussi de ce que nous sommes. Maintenant un détail encore intéressant : moi, je mesure mettons 1,75 m. Mais si mon voisin mesure 1,60 m et qu'un autre mesure 1,90 m, c'est toujours la même proportion. Mais quand je vais mesurer, mettons que je suis un tailleur de pierres, je mesure comme ça et ça me fera 3 empans et quelque chose. Mais l'autre qui est plus grand, ça va aller plus loin ! Vous voyez !

            C'est pour ça que vous aurez dans les constructions des différences. Des arcs par exemple, vous en aurez dix mettons, ils ont dix dimensions différentes. Tandis que nous avec nos mesures au cm près, ce doit être rigoureusement les mêmes. Mais non, eux, ça change. Nous, nous dirons que c'est de la fantaisie ! Non, ce n'est pas de la fantaisie, c'est parce que ce sont des hommes différents qui les ont mesurés, mais les proportions sont parfaites.

 

            Donc voilà, mes frères, essayons de retenir ça et puis que vous avez ici une mesure parfaite comme ça pour les triangles, et puis cette histoire de pentagone et de l'étoile à 5 branches qui est l'étoile de Saint Remy.

            Demain alors, si Dieu nous conduit jusque là, nous verrons un peu ce que ça donne dans un projet de restauration de l'église.

 

 


La restauration de notre église.                24.07.91

10. Le projet de la nef centrale.

 

Mes frères,

 

            Je vais vous montrer ce soir le projet de restauration de notre église qui a mûri durant de nombreuses années dans la prière d'abord, dans la réflexion et les échanges ensuite. Vous allez voir la photocopie d'une aquarelle qui a été réalisée par une religieuse de 81 ans. Cette religieuse a été professeur de dessin pendant une quarantaine d'années jusqu'à la retraite à 60 ans.

Depuis lors, elle continue a donné des cours privés et à rendre service, ce qu'elle a fait bien volontiers pour nous. Cette aquarelle originale est placée sous-verre. Mais voilà, il n'était pas possible de l'exposer ici. Alors demain matin, elle sera exposée ici sur la table. C'est très, très beau !

C'est donc une perspective de la nef centrale lorsqu'on entre dans l'église par le fond. Cette sœur a reçu tous les renseignements qui lui étaient nécessaire, toutes les dimensions, absolument tout. Elle a donc réalisé vraiment, vraiment ce que nous espérons pouvoir faire. Elle n'y a rien mis d'elle, sauf sa technique ce qui est déjà extraordinaire. Donc, vous aurez l'occasion de le remarquer demain.

           

Aujourd'hui, je vous montrerai la nef centrale, et puis demain et les jours suivants vous verrez les nefs latérales et le transept. Et dans le dernier temps, vous verrez alors une coupe en plan. Ce n'est pas elle qui l'a réalisée parce que dans cette perspective, il n'y a aucun meubles, il n'y a pas d'autel, il n'y a pas de stalles, il n'y a rien du tout. L'église est vide. Mais alors après, vous verrez sur un ancien plan – pas sur la perspective – vous verrez l'autel etc, et j'expliquerai comment l'église serait arrangée.

Maintenant si le frère Pierre veut bien venir avec son papier collant, fermez les yeux si vous voulez, ou bien ouvrez-les ! Vous allez voir ! Voilà ! Donc vous voyez, c'est une perspective et tout a été, comme vous le voyez là, tout est selon le nombre d'or, tous les détails et l'ensemble. D'ailleurs au premier coup d'œil comme ça, vous voyez que tout est bien équilibré.

 

Donc, on entre ici, ici, c'est l'entrée et puis la vue est portée directement par ces colonnades par ici, elle est dirigée vers l'abside, là où se trouve l'autel, ce qui est indispensable dans une église. Il n'y a aucune distraction, le regard va directement vers le centre là-bas qui est l'autel.

Toutes les travées qui actuellement sont obstruées ont été ouvertes, et puis les arcs ont été corrigés. Tout ça, vous le voyez, c'est de la pierre, c'est de la pierre, c'est revêtu. Il y aura un peu de plafonnage de ce genre-ci. Je ne sais pas exactement où. Mais tout ça, ce corps-ci, tout ça c'est de la pierre. Les arcs ici, les arcades, les fenêtres, tout ça, c'est de la pierre de France.

Maintenant sur le sol, vous voyez, ce sont des dalles, ce sont des dalles de bourgogne comme à l'hôtellerie, ou comme au Chapitre. Donc l'ensemble est pierre et ce sera de couleur blanchâtre puisque c'est de la pierre de France. Et ça, c'est donc la perspective et on verra réellement les choses comme ça, sauf ce qui sera meublé.

Donc vous voyez que on a envie de marcher là-dedans. On est invité à une marche, à une progression pour aller d'ici vers la plage, et qui est le lieu de l'eucharistie, le lieu du sacrifice, le lieu par excellence de la présence du Christ qui sera donc là figuré par l'autel. Naturellement on peut là imaginer beaucoup de choses qui sont toutes symboliques dans le domaine de la liturgie et de la construction des églises.

Vous avez ici, puisque nous sommes dans le monde cistercien, le symbole de la forêt. Vous voyez tous ces fûts ! On va vers la clairière où se manifeste soit Saint Hubert avec son cerf, soit plutôt Dieu. Ou bien, on peut voir là aussi ce qui nous a été présenté hier à l'eucharistie, au moment où ils passent à travers la mer rouge, les eaux s'arrêtent comme deux colonnes et ils passent au milieu.

C'est donc vraiment le lieu d'une procession, du progrès, d'une avancée qui sont un passage, d'une pâque vers le lieu de la lumière.

 

Cette église a un défaut, un défaut, c'est qu'elle est mal orientée. Elle n'est pas orientée vers l'Est, mais elle est orientée vers l'Ouest. Mais ça, il y en a bien l'un ou l'autre qui a dit : Mais pourquoi ne pas l'orienter vers l'Est ? Mais ça, il fallait alors tout abattre  et tout recommencer pour la tourner dans l'autre sens. Ce n'était pas réalisable. Il fallait partir de ce qui est là. Et comme vous le remarquez, ici au presbytère, il n'y a qu'une seule marche ce qui est traditionnel dans les églises cisterciennes depuis l'origine, une seule.

 

Regardez maintenant ceci ! Ceci est un plafond en bois, aussi comme dans les églises primitives. La voûte actuelle est partie, donc on est beaucoup plus haut. La voûte actuelle part du bas de toute la charpente, la charpente qui soutient la toiture. C'est là au-dessus des murs. Maintenant les arcades de la voûte actuelle partent de plus bas. Il y en a qui partent de là, d'autres de plus bas. Maintenant c'est uniformisé.

Vous remarquez aussi que ceci, ça correspond au fameux angle de 108° qui est l'angle du pentagone. Ici, vous avez 108° et vous en avez 36° là et 36° là. Donc c'est tout à fait ainsi, je dirais que pour notre être, c'est ainsi que ça se dessine. Donc, si je tends mes bras et que je les mets comme ça, je dessine à partir de là un angle de 108° et j'en ai 36 ici à l'extrémité des bras. Voyez, c'est le geste naturel de l'homme qui étend les bras.

 

Naturellement, pour expliquer tous les nombres d'or qu'il y a là dedans, ce n'est pratiquement pas possible, sur une perspective, c'est beaucoup plus difficile. Mais je pense tout de même dire parce que tout le monde le verra : si on se trouve ici au bas de cette colonne-ci par exemple et qu'on regarde ces deux fenêtres-ci, on est dans un angle de 18°. C'est un angle de 18° comme ça qui est encore un angle du nombre d'or. Donc c'est 18, 36, 54, 72, 108.

 

Alors tout ceci est ouvert. Partout, tout, tout, tout est ouvert. Nous verrons plus tard ce qu'il y aura là derrière. Maintenant ceci est nouveau. Il a fallu mettre ceci pourquoi ? Il a fallu mettre ceci pour avoir de la lumière. Regardez de l'autre côté ! Vous avez de ce côté-ci la sacristie qui ne sera plus sacristie. Elle va déménager. Et vous avez de l'autre côté le cloître que suivent les retraitants. Et voilà, pour avoir la lumière à partir des fenêtres qui existaient de ces deux côtés, il fallait……………………………coupure …………………….. et finalement la solution était celle-ci qui s'harmonise très bien dans l'ensemble parce que ceci est également traditionnel.

 

Maintenant un petit détail encore : il y a là dans le fond, dans le fond de l'abside, trois fenêtres. Ces trois fenêtres sont aussi traditionnelles dans les églises cisterciennes et les autres. Et voilà qu'après le souper, je commençais ou je poursuivais un peu la lecture du début de l'Apocalypse. Ces trois fenêtres ici, voilà, elles symbolisent la Trinité, mais encore bien d'autres choses.

Ecoutez ceci ! Donc il dit : Grâce et paix de la part de Celui qui est, qui était et qui vient. Toujours ce 3. Alors :  de la part aussi de Jésus le Christ, le martyr fidèle, le premier né d'entre les morts et le Prince des rois de la terre. Vous avez toujours cette Trinité, pas seulement dans la Trinité de Dieu mais aussi dans la Trinité, je dirais, des qualités de Jésus Christ.

 

Là, vous avez 5 fenêtres et 2 au-dessus. Il y en a donc 7. C'est le symbolisme 7. Ce sont les 7 esprits qui se tiennent devant le trône de Dieu, ce sont les 7 Eglises auxquelles est adressé le message de la dernière révélation, 7 Eglises qui représentent toutes les églises du monde.

Maintenant, il y en a 5+2. Ecoutez ce que dit l'Apocalypse. Quand on a fait ça, on n'y a pas pensé, c'est parce que c'est traditionnel ces 5 fenêtres qui sont là. Mais peut-être que ceux qui pour la première fois les ont montées, ils ont pensé à ça : Moi,  dit le Christ, je suis l'alpha et l'omega ( les deux du dessus ), je suis le Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le tout puissant. Cela fait les 7 qualités du Seigneur en plus encore.

 

Mais voilà, mes frères, nous allons en rester là pour aujourd'hui. Je vous demande une chose, ne me posez pas de questions maintenant. Vous poserez des questions autant que vous voudrez quand j'aurais tout fini. Et cela, pour ne pas chevaucher, pour ne pas embrouiller. Il y a des choses que je dirais après-demain parfois que si vous me posez une question, je le dirai demain. Mais quand j'aurais terminé tout, tout, tout, je dirais : Maintenant, c’est fini, posez toutes les questions, les remarques que vous voudrez et je m’efforcerai de vous répondre.

 

Voilà, votre curiosité est satisfaite ? Pas encore tout à fait, car il y a le transept, il y a encore les nefs latérales. Mais ça, nous le laisserons pour une autre fois. Il ne faut pas tout dire en une fois car vous risqueriez une indigestion.

 

La restauration de notre église.                26.07.91

      11. Presbytère, nefs latérales et transept.

 

Mes frères,

 

            Nous avons donc examiné la nef centrale de notre église en voie de restauration. J’ai oublié de dire que ici nous avons le presbytère. Il y a une marche qui se trouve entre les deux colonnes, une seule marche. Dans le fond – mais ce n’est pas dessiné, il y aura une banquette sur laquelle prendront place les concélébrants avec au milieu un siège spécial pour le président de la concélébration. Mais enfin, tout le mobilier, je le présenterai après, peut-être demain ou lundi ? Maintenant, c’est pour la construction.

            Le presbytère est donc semi-circulaire jusqu’à la hauteur des fenêtres. Mais au-dessus des fenêtres, c’est en cul de four comme on dit. Donc, c’est demi-sphérique, ça vient comme ça. Donc vous avez la sphère comme ça et puis ça fait ça, ce qui est tout à fait classique. Et dans la pratique, c’est ce qu’il fallait faire !

 

            Maintenant, je vais vous montrer une nef latérale, c’est la nef latérale qui est de ce côté-ci, à droite. La voici ! L’autre nef est construite exactement de la même façon sauf que étant du coté de l’ancienne sacristie, elle est plus large. Celle de droite est un peu plus étroite. Donc vous avez la même chose.

            Vous avez là un couloir où maintenant il y a des petits autels. Donc vous avez ce couloir et voilà, vous avez ici nos arcades, vous avez les fenêtres qui sont là. Vous avez le plafond qui ici est beaucoup plus bas, le plafond part d’ici au-dessus des fenêtres. Donc les fenêtres seront au-dessus tout à fait dans la situation actuelle.

            On entre et tout au bout, c’est ouvert où maintenant il y a une porte. Eh bien non, ce sera fini, ce sera tout à fait ouvert. C’est classique encore. Et on arrive sur le, sur le, - comment ça s’appelle encore ? Je suis fatigué, c’est la fin de la journée – sur le transept, on arrive sur le transept.

 

            Maintenant vous voyez là tout dans le fond une petite porte. Elle ne sera pas carrée, mais elle aura ici un petit arc au-dessus. Il y a donc un mur là, ce sera donc muré, ce sera fermé. De l’autre côté aussi, ce sera fermé. Et qu’y aura-t-il derrière ce mur ? Eh bien, ce sera la sacristie. La sacristie sera là derrière exactement comme à Orval. Mais on n’a pas pris mesure sur Orval, savez-vous. Mais je peux dire que c’est quelque chose de classique.

            La sacristie se trouve dans le déambulatoire là-derrière. Le déambulatoire étant là, mais ma foi on l’utilise. Les deux petites chapelles habituelles, Saint Sacrement et Saint Joseph deviennent sacristie avec tout le déambulatoire derrière. Il y aura donc de la place, la place ne manquera pas. Voilà ! Il y aura le sacristain naturellement .......quelqu’un parle.... Dom Hubert : Comment ?  Une voix : il va être heureux !            Dom Hubert : Mais c’est ce que je veux dire. Il faudra mettre un sacristain qui soit à hauteur de cette nouvelle disposition.

            Et alors vous comprenez un peu maintenant pourquoi, une des raisons pour laquelle on a construit ceci. Eh bien, pour avoir la lumière à partir de ces fenêtres-ci. Cela eut été trop obscur uniquement avec celles-là. C’était tout juste ! Et ainsi, ce sera tout de même mieux.

            Maintenant, je vais vous montrer le transept. Voici le transept et ça parait très étroit ce transept. Mais en fait il est en proportion, tout est proportionné. Et les proportions sont justes d’après le nombre d’or. C’est toujours à ça qu’il faut revenir.

            Je ne sais pas comment ceux qui ont construit l’église ont fait parce que ce n’était tout de même pas des architectes extraordinaires, c’était un frère de la communauté. Mais la structure de l’édifice comme tel, le cubage de l’édifice, c’est suivant le nombre d’or. Je ne dis pas que c’est un coup de chance, mais c’est juste, c’est bien tombé.

 

            Donc vous avez ici le transept. Vous avez ici sur la droite, vous voyez la nef centrale avec les deux ouvertures des nefs latérales. Vous voyez celle-ci et celle-là. Voilà comment ça se présentera. Vous aurez les trois ouvertures. Et pour bien faire, cela aurait déjà dû être comme cela maintenant. Mais on a fermé tout ça pour avoir une sacristie et pour avoir un endroit où placer quelques petits autels puisqu’il fallait dire toutes ces messes privées.

            A Scourmont, ils avaient trouvé autre chose, une autre astuce. Ils avaient surélevé l’autel principal de je ne sais combien de marches, 7 à 8 marches peut-être ? Alors tous les petits autels étaient dans une sorte de crypte en-dessous du maître-autel. On y descendait par un escalier.

 

            Alors dans le fond du transept, vous avez des fenêtres différemment disposées. Et alors là, vous voyez la porte qui donnera accès à la sacristie. Vous voyez aussi le plafond. Eh bien, il a fallu construire un plafond plat, tout à fait plat. Il n’est pas possible pour lui de reprendre les dispositions de la nef centrale. Pourquoi doit-il être plat ? Parce que au-dessus du plafond se trouve le clocheton qui a une charpente très, très difficile, très compacte. Et cette charpente se trouve juste là au-dessus.

            Et ce petit plat sera très haut, il sera très haut à la hauteur habituelle. Non, je me trompe, il ne sera pas à cette hauteur-là. Ce petit plafond, il sera plus bas que celui-ci. Il n’est pas possible de faire autrement à cause du clocheton, de la charpente du clocheton. Il sera juste au-dessus de ces 5 fenêtres.

            Ce n’est pas tellement facile à imaginer, à visualiser, mais voilà, vous pouvez faire confiance. Vous voyez, il est un peu au-dessus de cet arc-ci. Quand c’est en perspective, on sait le voir mais on ne sait pas aussi bien, disons, le présenter que si c’est en plan. Mais vraiment quand on arrivera ici, on le verra ainsi.

 

            Mais voilà, il est temps d’aller à l’église maintenant. Demain, si c’est possible, alors je présenterais une vue du mobilier. Ici, l’église est tout à fait nue, elle est vide. Demain, nous verrons les stalles, nous verrons l’autel, etc. mais attention, ce sera figuratif, ce sera des petites choses dessinées ainsi, mais ce ne sera pas une aquarelle de ce genre-ci.

 

            Frère Jacques : Mais la sacristie est derrière, ou bien...

Dom Hubert : La sacristie passe derrière.

Frère Jacques : Les trois fenêtres du presbytère sont hautes alors, plus hautes qu’une hauteur d’hommes ? Les fenêtres sont hautes quoi ?

Dom Hubert : Oui, les fenêtres sont hautes. Si je suis debout, la fenêtre viendra peut-être ici. Je vois ça mettons à 2m, 2,5m, je ne sais pas au juste, mais elles vont tomber dans la sacristie.

Frère Jacques : Et au mur extérieur, vous avez des fenêtres...

Dom Hubert ( coupant la parole ) :Mais au mur extérieur, il y aura la même chose pour donner la lumière mais dans un effet tel qu’on ne verra pas six fenêtres. Vous voyez, cela devra être bien étudié pour qu’on ait l’impression qu’il n’y a que ces trois fenêtres-ci et que ça, c’est vraiment le fond de l’église et qu’il n’y a rien derrière. Mais derrière, il y aura la sacristie, mais ça ne se remarquera pas. Et ça, c’est un effet d’optique à étudier par l’architecte, mais c’est possible.

 

La restauration de notre église.                27.07.91

      12. Disposition de l’ameublement.

 

Mes frères,

 

            Vous voyez ici l’église dans sa nudité. Il est nécessaire de la meubler : l’autel, les stalles, enfin tout ce qui est nécessaire à l’action liturgique. Et cette action liturgique, vous le savez, elle est double. Il y a, chez nous du moins, l’Office et l’Eucharistie. Et nous devons résoudre le problème que les fidèles puissent participer de façon effective pour ne pas dire active et à l’Office, et à l’Eucharistie. C’est cela qu’attend de nous le Décret. Donc, nos églises doivent être adaptées à cette participation à leur action liturgique totale.

 

            Je ne connais pas beaucoup de monastères, du moins j’en connais trois que j’ai vu, le Mont des Cats, La Trappe et Scourmont. Et voici comment ils ont résolu le problème de façon très, très classique. Vous avez l’autel, puis au début de la nef centrale, les stalles pour les frères, et puis derrière jusque dans le fond , on place des chaises ou des bancs pour les assistants ou pour les participants.

            Pour l’Office, c’est parfait. On a les frères et immédiatement derrière eux on a les retraitants, les fidèles. Mais quand il s’agit de l’Eucharistie, ça ne va plus car une bonne partie des retraitants ou des fidèles se trouvent beaucoup trop éloignés de l’autel. Si bien qu’on n’entend pas ce qui se passe là-bas sur le presbytère. Nous en avons reçu ici des témoignages de personnes qui ont assisté.

 

            Pour l’Office, ça va bien, mais pour l’Eucharistie, ça ne va vraiment pas. Et j’ai bien remarqué, surtout le plus c’est à La Trappe ou au Mont des Cats, où certains sont vraiment là très, très loin. Et il ne faut pas penser que, voilà, ils voient quelque chose, mais participer, ce n’est pas possible.

            Alors, ce problème là, nous avons essayé de le résoudre en délimitant ici à l’intérieur ici de la nef, deux endroits : un endroit pour la célébration de l’Office, un autre endroit pour la célébration de l’Eucharistie. Il va de soi que pour la célébration de l’Eucharistie, cet endroit est proche de l’autel et que pour la célébration de l’Office, cet endroit peut être plus éloigné de l’autel puisque toute l’action se place à l’intérieur du chœur qui est réuni quelque part.

 

            Je m’en vais vous montrer, c’est le plan de l’ancienne église en coupe. Donc, commençons par l’Office. Eh bien, il a semblé que le plus simple était de célébré l’Office ici plutôt vers l’arrière. Mais attention, on a toujours la vue sur l’autel qui est le centre toujours de l’église, l’autel qui représente le Christ dans sa personne, dans son tombeau, dans sa résurrection. Il est là.

            On entre ici, le cloître est ici, on se trouve à l’intérieur de l’église. Les deux premières travées ici restent libres parce que c’est par là qu’on peut entrer dans les nefs latérales. Alors à partir de là, les deux premières travées seraient occupées par les retraitants ou les assistants ; et les deux suivantes, tout en laissant ici un espace entre les deux, seraient la communauté dans ses stalles, deux travées.

            Or maintenant, lorsque toute la communauté se trouve réunie, nous occupons deux travées de stalles du dessus, des stalles supérieures. Il y aura encore toutes les stalles inférieures. On pourrait facilement mettre là quarante personnes dans les stalles. C’est loin du nombre que nous atteignons maintenant. Donc l’Office pourrait être célébré ici.

 

            Maintenant pour ce qui est de l’Eucharistie, nous avons l’autel dans le presbytère. L’autel sera à peu près là. Puis tout autour, il y a une banquette ici et là-bas d’un seul tenant. Sur cette banquette prendront place les concélébrants. Ici, le siège du président surélevé de deux marches.

            Maintenant si on voulait être tout à fait logique, mais je ne sais pas si c’est réalisable, il ne devrait pas avoir plus de douze concélébrants en plus de celui qui préside. Il y a des monastères où il peut y avoir trente prêtres dans la communauté, il peut y avoir des prêtres retraitants, cela reste douze.

 

            Et les autres ? Eh bien, les autres, ils prennent place parmi les fidèles. Une question : ça régulièrement, autrement qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe, mais on a alors une célébration, comme on dit, hydrocéphale c’est à dire que vous avez une foule de prêtres et quelques fidèles. Or, le nombre des fidèles doit toujours être supérieur au nombre des prêtres.

En principe, l’idéal naturellement, sinon on a beaucoup de prêtres et quelques fidèles et ça ne va pas du tout. Ce n’est plus alors une véritable célébration qui évoque la réalité. Il ne faut pas trop de prêtres. Douze, c’est le nombre des apôtres ; le président, le Christ ; et puis les autres.

Nous sommes allés à Westmalle avec le frère Jacques. C’était à l’enterrement de Dom Barthélemy. Eh bien, nous n’avons pas concélébré. Il y avait le nombre de prêtres, une douzaine, et puis c’est tout. Les autres ne concélébraient pas, voyez-vous ! C’est une règle comme une autre, il y en a d’autres aussi, mais enfin !

 Cela pourrait être différent si on avait trente prêtres et s’il y avait encore une centaine de frères non-prêtres dans la communauté. Il faut un certain équilibre. Il ne peut y avoir plus de prêtres concélébrants que d’assistants. Autrement on a une communauté hydrocéphale, une grosse tête comme ça et un petit corps de rien du tout. C’est ça, voilà le principe mais nous n’en sommes pas encore là !

 

Voilà donc les banquettes, l’autel ici, et puis alors au début de la nef centrale, les moines et puis les laïcs. Ecoutez, on a tracé ça, c’est pour évoquer parce que je ne sais pas si il y en aura plus ou moins. Maintenant voyez que tout est tourné dans ce sens-là. Ici les stalles, la communauté se regarde, se regarde parce que on célèbre l’Office choeur-choeur.

Là, pour l’Eucharistie, toute l’attention doit être dirigée sur l’autel ou vers le président qui parle, ou le président qui fait son homélie. Tout est dirigé par là. Il est donc normal et logique que l’on soit tourné en direction de l’autel.

            Maintenant dans l’église actuelle, on est comme ça. Et alors, qu’est-ce qu’on voit lorsqu’on est là à la place des retraitants ? Eh bien, il y en a qui se mettent sur le côté, qui regardent comme ça, des prêtres hein, même parmi les prêtres, et même aussi des laïcs, des prêtres du siècle, des prêtres qui sont ici en retraite et qui veulent voir ce qui se passe. Alors ils se mettent de travers, ce qui n’est pas beau du tout et je dirais, qui fait un peu impertinent. Parce que il y en a qui ne regardent pas et d’autres qui regardent et ça fait un peu drôle. Tandis que si tout le monde est tourné dans ce sens-là, eh bien, c’est clair !

 

            Voilà, j’étais à Clairefontaine et là-bas, je célébrais quasiment tous les jours. Et puis là, il leur faut une homélie tous les jours. C’est comme ça chez les moniales, il leur faut une homélie tous les jours, improviser une homélie, mais il en faut une. Alors, qu’est-ce que vous voyez ?

            Eh bien, vous voyez avec un ensemble touchant, toutes les moniales qui se mettent comme ça de travers sur leur siège et puis qui vous regardent. Elles vous mettent presque au pied du mur. Elles s’asseyent après la lecture de l’Evangile et puis elles se tournent. Et ça fait un peu drôle tout de même de les voir toutes tournées. Il y a donc là quelque chose.

 

            Eh bien, pour trouver la solution la plus élégante, on regarde vers l’autel tout le monde. Il n’y a plus besoin de se tourner, on est dans la bonne direction, on est bien orienté. On est orienté vers l’autel et vers le président. Donc, voilà un peu la solution.

            Car on n’est pas trop loin de l’autel, ce n’est pas trop loin. Il y a un groupe ici, un autre groupe là au-delà des stalles. Naturellement on peut discuter ces choses-là, mais je vous assure que cela a été mûrement, mûrement réfléchi et il n’y a pas d’autre solution pratique et élégante pour satisfaire tout le monde que celle-là.

 

            Maintenant, maintenant autre chose : la statue de la Vierge. Elle ne serait plus là. Que faire ? le Saint Sacrement, il ne serait plus là parce que c’est devenu la sacristie. La solution aussi la plus élégante est comme on a aussi ailleurs : une chapelle au Saint Sacrement, une chapelle consacrée à la Vierge Marie ; et ça dans les nefs latérales qui comme ça trouvent leur utilisation.

            Donc ici une chapelle pour le Saint Sacrement avec un autel. Il faut toujours un autel là où se trouve le Saint Sacrement. On ne peut pas le mettre comme ça sur un pieu sans autel, il faut un autel. Donc ici une chapelle du Saint Sacrement pour laquelle on accède par ici, ou par là, ou par là comme on veut. On peut faire ses dévotions, on peut y célébrer l’Eucharistie en privé, c’est là. La réserve eucharistique est donc là.

            Il faut bien savoir que si on consacre l’eucharistie au cours de la messe, ce n’est pas pour la prendre et la mettre dans un tabernacle et la donner pendant la journée. C’est toujours une réserve eucharistique en cas de besoin. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas adorer ni le vénérer. Il le faut, mais le but premier, l’église n’est pas construite pour que le Christ dans sa présence eucharistique y soit adoré.

 

            Maintenant ici, une chapelle pour la Vierge Marie. Maintenant ceci : il faut tout de même qu’on l’utilise cette chapelle de la Vierge Marie. Ici, ça va de soi, on peut y aller prier. Là, il faut l’utiliser tout de même. Il ne s’agit pas d’y mettre la statue et puis de l’abandonner, non !

            Eh bien ici, on pourrait très bien faire ceci qui est traditionnel dans notre Ordre et que j’ai vu réaliser dans un monastère, je l’ai vu. C’est là qu’on ferait la lecture de complies. Nous n’avons plus de lecture de complies, maintenant elle est remplacée par le Chapitre. Mais on pourrait très bien ne pas donner Chapitre tous les jours, tous les jours, et consacrer quelques jours dans la semaine, deux, trois, quatre, je ne sais pas, à la lecture traditionnelle de complies qui ouvre l’Office de Complies.

            Notre Office de Complies, ici, disons qu’il est un peu bancal parce que il faut vraiment le commencer par une lecture. Avant, il y avait une lectio brevis. La lectio brevis terminée, à ce moment-là, on commençait l’Office de Complies.

 

            Donc, on ferait ici une lecture de complies. La statue de la Vierge Marie ici, en face le siège du lecteur et puis les frères ici de chaque côté. Et ce serait aussi l’occasion pour les retraitants d’assister à la lecture de complies. Ils pourraient très bien y assister avec nous. Ils seraient là sur des bancs. Et puis, lorsque la lecture serait terminée, cela ne doit pas durer longtemps, cinq minutes, à ce moment là, on se lève et on célèbre l’Office de Complies ici qui se termine par le Salve Regina, et la statue est là.

            C’est ce que Saint Benoît dit aussi : Tout le monde vient dans un seul lieu qui n’est pas nécessairement l’église à l’époque de Saint Benoît, ni à l’époque de Cîteaux. Il y avait ce qu’on appelle le cloître de la lecture et c’est là qu’on célébrait l’Office de Complies, et là était la statue de la Vierge Marie.

            Et je vous le dit, ça existe encore à Clairefontaine maintenant, à Orval aussi, à  Laval aussi ça existe. Mais ce n’est plus utilisé et c’est toujours là. Mais je pense que ce serait un retour à la tradition non seulement cistercienne mais bénédictine. Voilà, ce serait ici ( ancienne sacristie ).

 

            Maintenant, il y a encore une autre affaire qui est importante et qu’il ne faut pas négliger , c’est le frère Gérard. C’est que tous les jours au matin, il faut célébrer l’Eucharistie pour lui et il a son aumônier privé. Alors ici, ici, on pourrait aménager une petite chapelle. Donc là, voyez, c’est l’escalier qui monte à la tribune. On pourrait là aménager une petite chapelle avec un autel où on pourrait célébrer la messe pour frère Gérard. Je n’oserais pas dire que c’est la chapelle Saint Nivard, bienheureux Nivard ! Mais enfin, ce serait pour lui, ou pour le frère Jacques-Emmanuel quand le Père Nivard est empêché.

 

            Frère Jacques : Comment peut-on imaginer le transfert des retraitants et des visiteurs si on veut, d’une place à l’autre si il y a Office et Eucharistie ? Comment cela va-t-il se faire ?

 

            Dom Hubert : Oui, écoutez, écoutez, il est temps d’aller à l’Office maintenant. Ce n’est pas pour ne pas vous répondre, mais retenez cette question-là, puis vous me la reposerez après, mais lorsque j’aurais tout expliqué. Parce que il faut une réponse à cette question, mais je n’ai pas le temps maintenant. Nous allons encore arriver qu’il sera 19h15 quand nous arriverons à l’église !

 

La restauration de notre église.                29.07.91

      13. Chauffage et isolation.

 

Mes frères,

 

            Revenons-en à notre église. Au moment où nous séparions, la dernière fois, le frère Jacques a soulevé le voile d’un problème auquel il n’est pas possible de donner une réponse aujourd’hui. C’est vraiment prématuré. C’est celui des cérémonies qu’il va falloir adapter. Rien, par exemple, que la sacristie qui se trouve là maintenant derrière l’autel, ça va amener tout de même...enfin beaucoup d’autres choses encore qu’il faudra adapter. Mais nous attendrons, nous attendrons de nous trouver devant la situation  pour prendre alors des décisions.

 

            Mais tout de même, puisqu’il avait posé une question bien précise, je pense qu’il est tout de même possible de répondre à celle-là. Que va-t-on faire à la fin de l’Office de Laudes lorsque la messe suivra immédiatement et que nous nous trouverons là plus ou moins dans la partie arrière de l’église ?

            Eh bien, c’est tout simple : tout le monde se met en route vers le haut. Je l’imagine ainsi : tout le monde, donc les prêtres, les frères, les retraitants. Les prêtres entrent dans la sacristie par les deux entrées suivant leur place au choeur, par la gauche ou par la droite. Ils revêtent les ornements et puis tout le monde prend place là où ils doivent être.

            Donc, je pense que ce ne sera pas bien difficile. Enfin c’est un détail, mais il y en aura encore bien d’autres. Mais ça, mettons-le dans les tiroirs provisoirement.

 

            Maintenant une autre question d’ordre technique et architecturale. Comment cette église serait-elle chauffée ? Eh bien, nous pouvons opter pour un chauffage par le sol. Nous avons l’expérience de l’hôtellerie, nous avons l’expérience du Chapitre et nous savons que c’est efficace quand c’est bien installé.

            Prenons le cas de l’hôtellerie par exemple, c’est là que nous avons commencé. Même en hiver, on peut placer la main sur les dalles et on a plutôt l’impression qu’elles sont à peine tièdes, qu’elles sont plutôt froides et pourtant il fait très bon dans le local. C’est un système de chauffage assez spécial. On présente une objection parfois : Est-ce que ce ne serait pas mauvais pour les jambes de se trouver là sur un sol qui serait chauffé ?

 

            La réponse, vous savez, n’est pas facile à donner quand on n’est pas compétent soi-même dans la chose. Alors je me suis référé à une étude parue dans la revue des consommateurs Test Achat en décembre 1988. Donc, c’est relativement récent. Ils ont fait une étude sur le chauffage au sol et l’ont vraiment retourné dans tous les sens. Et voilà entre autre ce qu’ils en disent :

            Poser le pied sur un sol chaud, voilà qui est bien confortable. Vous savez qu’en cette saison-ci – vous l’avez peut-être fait vous-mêmes ? – vous en avez qui vont dans le sud de la France ou même à la côte Belge par un temps pareil. Et ils marchent pieds nus sur le sable, là où il y a du sable. C’est une sensation très agréable d’avoir les pieds dans un sable tiède. Voilà, ceux qui ont fait l’expérience ici ? Oui, je vois qu’il y en a assez bien qui l’ont faite. De mon temps, ça n’existait pas.

            Donc, poser le pied sur un sol chaud, voilà qui est très confortable. Mais trop, c’est trop ! Si dans une pièce où on se tient, le sol a plus de 29°, la sensation devient désagréable. Idéalement la température au sol devrait être comprise  entre 20 et 26° en temps normal. Voilà, même par temps froid ! Il est très difficile de prendre la température de la pierre, il faudrait un thermomètre spécial pour ça. Mais enfin, on peut voir à la main à peu près ce que ça peut donner.

            Ceci dit, il n’y a pas que la température de l’air qui influe sur la sensation de confort. Le rayonnement froid des parois, les murs, le plafond, le sol jouent également un rôle non négligeable. Le sol étant une de ces parois, le fait qu’il émet de la chaleur par rayonnement donne une sensation de confort à partir d’une température de l’air inférieure par rapport au système de chauffage classique.

 

            Si vous avez un chauffage par radiateur comme il y a ici, la température de l’air est plus chaude qu’en cas de chauffage par le sol. Donc, cette sensation de confort disparaît. De plus, avec ce système de chauffage classique, vous avez des courants d’air qui s’établissent, un mouvement convexionnel qui monte le long des parois, ça touche le plafond, ça revient et ça circule toujours ainsi. Vous avez donc toujours la sensation d’un courant d’air. Et alors, ceux qui se trouvent à proximité, ils auront plus chaud avec les radiateurs que ceux qui se trouvent à distance. Tandis que par le chauffage par le sol, la température est répartie uniformément dans toute la pièce.

            Dans le cas des pièces hautes, l’air chaud a tendance à s’accumuler dans le haut de la pièce avec le système classique. Mais si la pièce est chauffée par le sol, la différence entre le haut et le bas de la pièce est nettement atténuée. Donc ici ça se comprend, ça monte de partout en même temps et finalement comme il n’y a pas de courant d’air, de convexion donc, voilà, il ne fait guère plus chaud au plafond que sur le sol, c’est uniformément réparti. Ce qui fait que le confort est, je ne dis pas qu’il est parfait, mais c’est tout de même sérieux.

 

            Maintenant : On pourrait se demander si, étant donné que le sol est chaud, un même système de chauffage ne risque pas de poser des problèmes notamment aux personnes souffrant de troubles circulatoires, jambes lourdes, varices, etc. ? Maintenant, c’est ça la question : Est-ce que cela ne peut pas faire du tort à la santé de certaines personnes qui souffrent des jambes, comme on dit ?

            En fait, il n’y a pas grand chose à craindre car il faudrait que le sol soit bien plus chaud que les 20 à 26° préconisés. Si on montait par exemple à 30, 35°, alors ça pourrait devenir une gêne, ça pourrait devenir, je ne dis pas dangereux, mais ce ne serait pas recommandable du tout pour certaines personnes.

            Autrement dit, la température devient inconfortable avant de devenir une source d’ennuis circulatoires. Donc, lorsque la température devient inconfortable, c’est trop chaud, ce n’est pas bien. Attention, ça pourrait devenir une source d’ennuis circulatoires. Il faut donc que l’affaire soit bien réglée. Mais ce n’est pas difficile, il suffit de placer un thermostat convenable et ça ne se produit pas.

 

            Maintenant, les matériaux qui transmettent le mieux la chaleur sont les carrelages en céramique, en terre cuite ou en pierre naturelle. Ce serait le cas ici, c’est de la pierre naturelle. Mais il ne faut pas une pierre naturelle tendre, il faut une pierre naturelle dure. Pourquoi ? Parce que une pierre naturelle tendre risque de subir des fissurations. Donc elle pourrait bien se fissurer. Mais les dalles de bourgogne sont une pierre dure. Voilà, vous avez ici une réponse.

 

            Il y a alors une autre question, un autre problème, c’est celui du plafond. Ce sera un plafond en bois. La voûte actuelle a été isolée, et comment faire alors avec un plafond en bois ? Est-ce que il n’y aurait pas des déperditions de chaleur à travers le plafond ?

            La voûte actuelle a été isolée à l’aide de matelas en laine de roche qui ont été déployés après le premier choc pétrolier, ce doit être vers 1983. On a pensé à tout isolé, on a isolé les cloîtres  à ce moment-là. Et le résultat a été vraiment positif, on l’a vu, même par la différence en consommation de carburant.

            Mais alors lorsqu’on a un plafond en bois ? Le système d’isolation par matelas de laine de roche est efficace mais ce n’est tout de même pas parfait car il n’est tout de même pas possible là-bas sur cette voûte de recouvrir absolument tout. Il y a des endroits qui n’ont pas été accessibles et qui sont toujours comme ils étaient.

 

On peut dire : Mais quand on fait quelque chose de neuf, ce serait peut-être possible ? Oui, mais malgré tout, le long des murs il y a toujours des choses qui passent. Alors il existe aujourd’hui des systèmes d’isolation qui sont autrement efficaces et, c’est surtout efficace pour la question des planchers.

Eh bien, on pulvérise sur la partie supérieure du plancher un produit – je ne sais pas exactement lequel – qui se répand mais absolument partout, partout, et qui a un pouvoir isolant extraordinaire. Le frère Paul-Michel peut peut-être dire ce pouvoir isolant ? ( pas de réponse ) Non, mais la nature du produit ? Donc, c’est une mousse et il y a tout de même une épaisseur qui se met là.

Et après les quelques échos que j’ai reçu sans pouvoir préciser, ça aurait le pouvoir d’isolation d’un véritable mur. Donc comme si on avait une muraille, donc comme si on avait une grosse voûte qui pourrait tout isoler. Donc, voilà comment les choses sont et je pense que c’est bien clair, et pour le sol, et pour le plafond. Nous n’avons pas de soucis à nous faire ni d’un côté ni de l’autre.

 

Eh bien, maintenant nous irons jusqu’à l’église et demain, nous aborderons une question, voilà, délicate, qui n’est pas encore tout à fait connue avec une extrême précision : Qu’est-ce que ça va coûter ?

Voilà, je vous ai mis l’eau à la bouche et vous pouvez en attendant jouer au voguelpik, ce sera ceci ou ce sera autre chose !

 

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La restauration de notre église.                30.07.91

      14. Le financement.

 

Non enregistré !

 

La restauration de notre église.                06.08.91

      15. Que disent nos Constitutions ?

 

Mes frères,

 

            Alors voilà, il y a une question qui a été soulevée : Pour entreprendre la rénovation de notre église, ce qui entraîne tout de même une certaine dépense importante, le consentement du Chapitre Conventuel n’est-il pas requis ?

 

            Le cas a été prévu par nos Constitutions à la constitution n°37. Voici au statut 37,1 ce qui est dit : L’Abbé a besoin du consentement du Chapitre Conventuel au 2/3 des voix pour admettre un moine de l’Ordre dans la stabilité dans la communauté ( donc un moine qui doit changer de stabilité ), pour mettre à exécution le projet d’une nouvelle fondation, pour ériger une fondation en monastère autonome, et enfin pour ériger un Prieuré en Abbaye.

            Maintenant le statut 37b : L’Abbé a besoin de la majorité absolue du Chapitre Conventuel. Qu’est-ce que ça veut dire la majorité absolue ? Est-ce que vous le savez ? C’est assez spécial. On disait toujours : c’est la moitié + 1. Mais si c’est une communauté de 17 personnes ? Pour la moitié + 1, il faudrait donc 9 ½. Allez un peu partager ce ½, il faudrait couper un moine en deux !

Donc, c’est l’unité au-dessus de la moitié, ça a été bien précisé. Donc la majorité absolue au Chapitre Conventuel pour admettre un novice à la profession temporaire, pour admettre un frère à la profession solennelle, et voici, pour agir dans les questions administratives dont il est traité à la Constitution 44, et pour permettre un changement de filiation.

Voilà, on veut changer de filiation. Nous allons dépendre d’un Père Immédiat qui se trouve à l’autre bout du monde. Nous allons prendre le monastère de Notre-Dame des Prairies, par exemple, au Canada. Oui, ça se fait assez facilement aujourd’hui, ce n’est pas rare. On voit des monastères changer de filiation pour toutes sortes de raisons.

Pour permettre à un frère qui a au moins trois ans de profession temporaire de prendre part à une élection dans un Prieuré simple. Un Prieuré simple, là où il n’y a pas beaucoup de monde, il n’y a pas beaucoup de moines, et voilà, il y a quelque chose et un profès temporaire d’au moins trois ans de profession pourrait prendre part à une élection. Et pour commencer le processus d’une nouvelle fondation.

 

Donc voilà, l’Abbé a besoin du consentement de la majorité absolue du Chapitre Conventuel pour agir dans des questions administratives dont il est traité à la Constitution 44. Donc nous y voici, c’est cette Constitution qui nous regarde. Pour tous les autres cas, voyez, pas question du consentement de la communauté, jamais, jamais, jamais !

Maintenant on parle après ça du Conseil de l’Abbé et on dit ceci : Il a besoin du consentement à la majorité absolue de son Conseil, voilà, c’est pour des frères, pour toutes sortes de choses qui regardent les frères de la communauté. Et alors, il doit entendre son Conseil, simplement entendre, pour les postulants, les supérieurs des nouvelles fondations, etc, toutes sortes de choses ainsi.

 

Maintenant, que s’agit-il de la Constitution 44 ? Il s’agit de l’administration extraordinaire, donc la définition d’abord :

L’aliénation et la transaction qui pourrait amoindrir la condition du patrimoine sont des actes d’administration extraordinaire. Donc, l’Abbé a besoin de son Conseil uniquement pour les actes d’administration extraordinaire.

Et un acte d’administration extraordinaire, c’est l’aliénation, c’est à dire pour vendre : vendre des terrains, vendre des bâtiments, aliéner donc une partie du patrimoine. Ou bien une transaction. Une transaction, c’est par exemple emprunter de l’argent. On n’a pas l’argent pour quelque chose et il faut emprunter l’argent. C’est une transaction qui pourrait amoindrir la condition du patrimoine du monastère.

Donc, le patrimoine du monastère est de autant de francs. Si je vends une partie de la propriété, la condition du monastère est amoindrie, le patrimoine est amoindri ; ou bien si je dois emprunter, à ce moment-là je place le monastère dans une situation délicate. Pourra-t-il rembourser ?

Vous savez, nous avons à l’esprit la situation de l’un ou l’autre monastère qui ont été entraînés là-dedans avec toutes les permissions, attention ! mais pour qui ma foi, cela s’est terminé très mal.

 

Pour les poser validement s’il s’agit d’affaires dépassant les sommes fixées par le droit, des permissions spéciales sont requises.

Donc, si ces affaires dépassent les sommes fixées par le Droit, des permissions sont requises. Des permissions ? Il s’agit donc de permissions à demander au Saint Siège ou à demander au Chapitre Général.

La permission du Saint Siège est requise quand il s’agit d’un acte d’administration extraordinaire, donc, ne jamais oublier qu’il est uniquement question ici des actes d’administration extraordinaire, qui dépasse la somme fixée par le Saint Siège pour chaque région, Les régions, écoutez, ça, c’est extrêmement vague. C’est soit par pays, soit par groupe de pays, ou bien de donations faites au monastère à la suite d’un vœu.

Cela pourrait arriver que quelqu’un fait un vœu et que c’est exaucé. Et voilà, à la clef, il y avait qu’on allait donner au monastère une propriété de 10.000 Ha par exemple. Un vœu, c’est pas un petit vœu qu’on va brûler une bougie devant la statue d’un saint. Non, c’est un gros bazar, et à ce moment-là il faut la permission du Saint Siège quand ça dépasse les sommes. Ou d’objets précieux à cause de leur valeur artistique ou historique.

Ce n’est pas une petite statue qu’on pourrait recevoir, c’est quelque chose qui vraiment vaut une fortune. Et est-ce que le monastère peut l’accepter ? Donc, il faut la permission du Saint Siège si ça dépasse une certaine somme.

 

Maintenant les statuts :

Quand l’autorisation du Saint Siège est requise, il faut aussi obtenir le consentement du Chapitre Conventuel et du Chapitre Général.

 Il y a là toute une procédure. Donc, pour aliéner une partie de la propriété, donc pour vendre une partie de la propriété, il faut d’abord le consentement du Chapitre Conventuel à la majorité absolue, et après la permission du Chapitre Général, et alors enfin en troisième lieu la permission du Saint Siège. Il y a donc toute une gradation à suivre. En cas d’urgence, parce que le Chapitre Général se réunit tous les trois ans en moyenne, l’autorisation qu’il faut demander au Chapitre Général peut être obtenue par écrit de l’Abbé Général avec le consentement de son Conseil.

Je vous donnerais des exemples du dernier Chapitre Général où les Actes du Chapitre Général sont exposés en public et doivent être approuvés. Donc, l’Abbé Général avec son Conseil peut donner des permissions dans le cadre de ce statut.

 

Eh bien voilà, mes frères ! D’abord, pour ce qui regarde ici l’affaire de notre église, il ne s’agit pas du tout de vendre. Il s’agit de restaurer un bâtiment, de l’améliorer, de le mettre en conformité avec ce que le Concile demande au sujet de la participation des fidèles aux actions liturgiques. Il ne s’agit pas de vendre notre église pour en faire une salle de spectacle par exemple. Il ne s’agit pas de cela. Il ne s’agit pas non plus d’une transaction, c’est à dire que pour aménager l’église, il faudrait emprunter de l’argent parce que on n’aurait pas d’argent pour le faire. A ce moment-là, il faudrait l’emprunter. Et ça, c’est une transaction.

Donc, ce sont les deux cas où ça pourrait intervenir. Mais vous voyez, ce n’est pas, ce n’est pas notre situation. Donc je pense que nous pouvons écarter cela, l’écarter et je vais tout de même vous fixer les sommes pour lesquelles il faudrait intervenir.

 

Il y a aussi le n°3 de la Constitution, mais je le laisserais pour demain. C’est lorsqu’il s’agit d’avoir le consentement du Chapitre Général sans avoir besoin du consentement du Saint Siège. Mais nous laisserons cela pour demain parce qu’il est temps de nous rendre à l’église.

Il faut dire que pour ce qui est des sommes fixées, je les ai ici à la date du 10 mars 1987, ça fait déjà 4 ans ! Elles sont fixées par le Saint Siège. Il y a encore eu des modifications depuis lors parce que les Conférences Régionales sont intervenues. La dernière Conférence Régionale que j’ai assisté, c’était à La Trappe je pense, avec le frère Jacques, il a été question de ça. Il y a eu des arrangements dont j’ai oublié les prix.

Quant au Chapitre Général, lui, il n’a jamais fixé de sommes. Il n’en a jamais fixé et je pense que ce serait extrêmement difficile pour un Chapitre Général vu la multiplicité des situations et des pays de fixer des sommes. Il se réfère alors aux sommes qui sont proposées par le Siège Apostolique.

 

La restauration de notre église :

      16 et 17 traitent des questions posées.

 

Il n’était guère possible de capter les questions des membres de la communauté sur le projet. Tout comptes faits, elles concernaient des détails supplémentaires sur ce qui avait été exposé. Quand les questions débordaient dans le futur, la réponse en général était d’attendre qu’on y soit pour voir.

 

Table des matières sur la restauration de notre église.

 

La restauration de notre église.                07.07.91. 1

1. La semence. 1

La restauration de notre église.                13.07.91. 3

2. Enquête sur l'espace liturgique. 3

La restauration de notre église.                14.07.91. 5

3. Tout sera révélé. 5

La restauration de notre église.                15.07.91. 8

4. Genèse du projet. 8

La restauration de notre église.                16.07.91. 11

5. Les deux projets des architectes. 11

La restauration de notre église.                20.07.91. 13

6. Considérations sur l'église actuelle. 13

La restauration de notre église.                21.07.91. 16

7. Principes de l'étude du projet. 16

La restauration de notre église.                22.07.91. 19

8. Le nombre d'or. 19

La restauration de notre église.                23.07.91. 21

9. Le nombre d'or (suite). 21

La restauration de notre église.                24.07.91. 24

10. Le projet de la nef centrale. 24

La restauration de notre église.                26.07.91. 26

11. Presbytère, nefs latérales et transept. 26

La restauration de notre église.                27.07.91. 28

12. Disposition de l’ameublement. 28

La restauration de notre église.                29.07.91. 32

13. Chauffage et isolation. 32

La restauration de notre église.                30.07.91. 35

14. Le financement. 35

La restauration de notre église.                06.08.91. 35

15. Que disent nos Constitutions ?. 35

La restauration de notre église : 38

16 et 17 traitent des questions posées. 38

Table des matières sur la restauration de notre église. 38

 



[1] Il manque le tout début du Chapitre.