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Fin du livre 6

 

 

Autres épisodes

Livre 5.....................Le sel de Diogène

Livre 6........... Du prozac et de l'hélium

Livre 7................................La patience

Livre 8...............................Les chaînes

Livre 9.....................Le futur assassiné

 

 

Citations faites dans cette BD:

 

-"Après la Finitude" de Q. Meillassoux

Dans cette bande dessinée, le désarroi du vieux philosophe Kantien face à l'arrivée des jeunes philosophes est donné en écho à un livre de Quentin Meillassoux dont un extrait est subrepticement cité. Pour ceux que cela pourrait intéresser, je donne donc ici un plus long extrait de «Après la Finitude» pour remettre la citation de la BD dans son vrai contexte... 

«Après la Finitude» est un livre exceptionnel qui impose un nouveau regard sur toute l'histoire de la philosophie. Mais c'est un livre « jargonneux » parce que dès le premier chapitre, il souffre d'une confusion entre la durée et le temps. Cette confusion rend certains passages obscurs voire inconsistants (et, par voie de conséquence, rend la tâche du vulgarisateur compliquée). Il n'en reste pas moins vrai que Meillassoux y défend des thèses très fortes dont la plupart sont probablement parfaitement défendables, voire parfaitement défendues, nonobstant cette confusion.


Ses thèses? – La contingence comme principe premier et absolu de la nature et de ses lois (la contingence y prend la fonction du «Dieu des philosophes») – Évolution historique en philosophie du «corrélationisme faible» vers le «corrélationisme fort» (mise en abîme non seulement du principe de raison mais carrément de l'assise de toute logique). – Présence d'un "a priori" probabiliste au cœur du criticisme kantien (reprise d'une thèse de J.R. Vernes) dont Meillassoux dévoile une limite de pertinence – Etc.


Une autre thèse (qui pour le coup est parfaitement lisible et argumentée), déboulonne l'idée un peu trop facile qui voulait que le criticisme Kantien (dont le nerf est la distinction entre «l'en soi» et le «pour nous») avait porté un coup fatal à l'arrogance des métaphysiciens et, en particulier, à l'arrogance des théologiens qui en faisaient grand usage. Meillassoux montre que l'évolution théorique du criticisme kantien, a finalement conduit à donner juste l'inverse de ce qu'il voulait et croyait initialement offrir... Je laisse la parole à Meillassoux :


« (…) Le corrélationisme fort n'est pas toujours thématisé comme tel par ceux qui le soutiennent: sa prégnance contemporaine nous paraît pourtant repérable à même l'immunité dont semblent désormais bénéficier les croyances religieuses par rapport aux contraintes du concept. Quel philosophe croirait désormais avoir réfuté la possibilité de la Trinité chrétienne au prétexte qu'il y aurait décelé une contradiction ? Un philosophe qui tiendrait la pensée lévinassienne du Tout-Autre pour absurde puisque inaccessible à la logique, ne nous apparaîtrait-il pas comme un libre-penseur empoussiéré, incapable de se hausser au niveau de pertinence du discours de Lévinas? Comprenons bien le sens d'une telle attitude: la croyance religieuse est considérée comme inaccessible à la réfutation par de nombreux philosophes contemporains, non pas seulement parce qu'une croyance serait par définition indifférente à ce genre de critique, mais parce qu'il leur paraît conceptuellement illégitime d'entreprendre une telle réfutation. Un kantien qui aurait cru en la Trinité aurait dû démontrer que celle-ci n'est nullement contradictoire; un corrélationiste fort n'a qu'à démontrer que la raison n'est pas en droit de discuter avec ses propres moyens de la vérité ou de la fausseté de ce dogme. Or, il faut souligner que cet «écart» des contemporains d'avec la position kantienne — écart qui peut être entériné par ceux-là mêmes qui entendent demeurer fidèles à l'héritage critique — n'a rien d'anodin. Il suppose en effet qu'un glissement majeur s'est entre-temps produit dans la conception que nous pouvons nous faire de la pensée. Cet écart — de l'inconnaissabilité de la chose en-soi, à son impensabilité — suppose en effet que la pensée en est venue à légitimer de son propre mouvement le fait que l'être lui est devenu si opaque qu'elle le suppose capable de transgresser jusqu'aux principes les plus élémentaires du logos. Alors que le postulat parménidien «être et pensée sont le même» demeurait la prescription de toute philosophie — jusques à Kant compris — le postulat fondamental du corrélationisme fort semble au contraire se formuler ainsi: «Être et pensée doivent être pensés comme pouvant être tout autres.» Non pas, encore une fois, que le corrélationiste se croie en mesure de prononcer l'effective incommensurabilité de l'être et de la pensée — l'existence effective, par exemple, d'un Dieu incommensurable à toute conceptualisation — puisque cela supposerait un savoir de l'en-soi que précisément il s'interdit tout à fait. Mais il se veut en mesure, du moins, de dégager une facticité si radicale de la corrélation être-pensée, qu'il se pense dépourvu de tout droit à interdire à l'en-soi l'éventualité d'être sans commune mesure avec ce que la pensée peut elle-même concevoir. Avec la radicalisation de la corrélation, est ainsi advenue ce que l'on peut nommer la tot-altérisation possible de l'être et de la pensée. L'impensable ne peut plus nous conduire qu'à notre incapacité à penser autrement, et non plus à l'impossibilité absolue qu'il en soit tout autrement.
On comprend alors que la conclusion d'un tel mouvement soit la disparition de la prétention à penser les absolus, mais non la disparition des absolus: car la raison corrélationnelle, en se découvrant marquée d'une limite irrémédiable, a légitimé d'elle-même tous les discours qui prétendent accéder à un absolu, sous la seule condition que rien dans ces discours ne ressemble à une justification rationnelle de leur validité. Loin d'abolir la valeur de l'absolu, ce que l'on nomme volontiers, aujourd'hui, la «fin des absolus » consiste au contraire en une licence étonnante accordée à ceux-ci: les philosophes semblent ne plus en exiger qu'une seule chose, c'est que rien ne demeure en eux qui se revendique de la rationalité. La fin de la métaphysique conçue comme «désabsolutisation de la pensée» consiste ainsi en la légitimation par la raison de n'importe quelle croyance religieuse (ou «poético-religieuse») en l'absolu, dès lors que celle-ci ne se revendique que d'elle-même. Pour le dire autrement: la fin de la métaphysique, en chassant la raison de toutes ses prétentions à l'absolu, a pris la forme d'un retour exacerbé du religieux. Ou encore: la fin des idéologies a pris la forme d'une victoire sans partage de la religiosité. Le regain contemporain de la religiosité a certes des causes historiques qu'il serait naïf de réduire au seul devenir de la philosophie: mais le fait que la pensée, sous la pression du corrélationisme, se soit ôté le droit à la critique de l'irrationnel lorsqu'il porte sur l'absolu, ne saurait être sous-estimé dans la portée de ce phénomène.
Or, ce «retour du religieux» demeure, encore aujourd'hui, trop souvent incompris, en raison d'un tropisme historique puissant, dont il nous faut nous extraire une fois pour toutes. Ce tropisme, cet aveuglement conceptuel, est le suivant: beaucoup semblent encore croire que toute critique de la métaphysique irait «naturellement» de pair avec une critique de la religion. Mais cet «appariement des critiques» renvoie en vérité à une configuration très déterminée du lien entre métaphysique et religion. (...) » Quentin Meillassoux - "Après la Finitude" - p71à73 - Seuil 2006.

 

« No comment », ce texte est limpide et me semble encore imparable...
 
Paul yves wery - Chiangmai - Octobre 2017

Pour d'autres commentaires de "Après la Finitude" cliquez ici.

 

 

- " Le Petit Prince" de St Exupéry

" (...) La cinquième planète était très curieuse. C’était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et un allumeur de réverbères. Le petit prince ne parvenait pas à s’expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères. Cependant il se dit en lui-même :« Peut-être bien que cet homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son réverbère, c’est comme s’il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère, ça endort la fleur ou l’étoile. C’est une occupation très jolie. C’est véritablement utile puisque c’est joli. »

Lorsqu’il aborda la planète il salua respectueusement l’allumeur :
– Bonjour. Pourquoi viens-tu d’éteindre ton réverbère ?
– C’est la consigne, répondit l’allumeur. Bonjour.
– Qu’est-ce que la consigne ?
– C’est d’éteindre mon réverbère. Bonsoir.
Et il le ralluma.
– Mais pourquoi viens-tu de le rallumer ?
– C’est la consigne, répondit l’allumeur.
– Je ne comprends pas, dit le petit prince.
– Il n’y a rien à comprendre, dit l’allumeur. La consigne c’est la consigne. Bonjour.
Et il éteignit son réverbère.
Puis il s’épongea le front avec un mouchoir à carreaux rouges.
– Je fais là un métier terrible. C’était raisonnable autrefois. J’éteignais le matin et j’allumais le soir. J’avais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir…
– Et, depuis cette époque, la consigne a changé ?
– La consigne n’a pas changé, dit l’allumeur. C’est bien là le drame ! La planète d’année en année a tourné de plus en plus vite, et la consigne n’a pas changé !
– Alors ? dit le petit prince.
– Alors maintenant qu’elle fait un tour par minute, je n’ai plus une seconde de repos. J’allume et j’éteins une fois par minute !
– Ça c’est drôle ! Les jours chez toi durent une minute !
– Ce n’est pas drôle du tout, dit l’allumeur. Ça fait déjà un mois que nous parlons ensemble.
– Un mois ?
– Oui. Trente minutes. Trente jours ! Bonsoir.
Et il ralluma son réverbère.
Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui était tellement fidèle à la consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-même allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami :
– Tu sais… je connais un moyen de te reposer quand tu voudras…
– Je veux toujours, dit l’allumeur.
Car on peut être, à la fois, fidèle et paresseux.
Le petit prince poursuivit :
– Ta planète est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjambées. Tu n’as qu’à marcher assez lentement pour rester toujours au soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras… et le jour durera aussi longtemps que tu voudras.
– Ça ne m’avance pas à grand’chose, dit l’allumeur. Ce que j’aime dans la vie, c’est dormir.
– Ce n’est pas de chance, dit le petit prince.
– Ce n’est pas de chance, dit l’allumeur. Bonjour.
Et il éteignit son réverbère.
« Celui-là, se dit le petit prince, tandis qu’il poursuivait plus loin son voyage, celui-là serait méprisé par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c’est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C’est, peut-être, parce qu’il s’occupe d’autre chose que de soi-même. »
Il eut un soupir de regret et se dit encore :
« Celui-là est le seul dont j’eusse pu faire mon ami. Mais sa planète est vraiment trop petite. Il n’y a pas de place pour deux… »
Ce que le petit prince n’osait pas s’avouer, c’est qu’il regrettait cette planète bénie à cause, surtout, des mille quatre cent quarante couchers de soleil par vingt-quatre heures ! (...)"
Antoine de St Exupery - Le Petit Prince - Chapitre 14

 

paul yves wery - chiangmai - octobre 2017

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