"INSOMNIE"

A ceux qui se réveillent pendant la nuit.

 

Je me réveille. C'est une banale insomnie dont je veux me déprendre au plus vite pour donner à ma nuit la fonction que je lui attribue par défaut...

C'est cela un coeur fermé à Dieu, maintenant je le sais!

Je découvre finalement que le silence est parfait. Tous les insectes se taisent. C'est peut-être ce silence inhabituel qui m'a réveillé? Non, tous ces chahuteurs des nuits tropicales pourraient se remettre à hurler de plus belle que le silence-ci étoufferait encore tous leurs cris .

Ce silence très particulier que je cherche tant, que je glane tous les jours de ma vie, il est là, offert en abondance à ma délectation. Ma félicité germe sous la pesanteur de cette coulée d'ambroisie. Ce pourrait être sous le bruit du vent aussi bien ...ou sous la plainte d'un toit battu par la pluie ...ou la rémanence des douceurs d'un rêve. Mais cette fois-ci, c'est le silence qui m'appelle. C'est un vrai silence, pas un vide, pas un trou dans le bruit. Aucun dépressif ne pourrait le confondre une telle substance avec le crottin du désespoir. Aucun mystique ne pourrait confondre ce nectar avec les larmes de la solitude.

C'est Dieu lui-même qui me parle dans cette détente imprévue de mon inconscience.

 

Et je voulais me rendormir? Surtout pas! Je ne désire plus retourner au sommeil! Je ne désire plus rien d'ailleurs; être conscient me suffit. Je jouis de ma conscience. Conscient! Enfin vraiment conscient! Vivant!

Sans même l'avoir désiré, je me surprends à murmurer un Pater.

 

*

 

Cela fait maintenant des mois que je ne souffre plus de mes insomnies, que j'en profite plutôt et les appelle même de mes voeux. J'en arrive même à boire beaucoup d'eau avant d'aller me coucher pour être réveillé par le besoin de pisser. L'agacement que mes réveils suscitaient autrefois a été transfiguré. Maintenant mes insomnies se dissolvent en actions de grâce.

Je me moque des surplus de fatigues que je payerai demain. Hier, je voulais me rendormir parce que j'étais l'esclave de routines féroces. J'avais assigné mes fonctions vitales aux rigueurs des programmes des morts.

Ce présent de la nuit est parfait qui ne se moule dans aucune convenance, aucun contrat passé avec le futur, aucune exigence rituelle. Mon corps, à ces heures-là, est bien en droit de ne rien faire, de se laisser aimer exister, de s'aimer lui-même dans une durée enfin coulé à sa mesure. Je me régale de veiller et s'il faut bien en finir par lâcher conscience, je la lâcherai et m'endormirai le coeur serein.

 

*

 

Lorsque je m'étais réveillé au coeur de la nuit, j'ai voulu me rendormir. Seigneur, pourquoi n'ai-je songé plus tôt à ce que tu voulais peut être grimper dans mon lit, te coller à la chaleur de mon corps et prendre un câlin?

Pourquoi ne suis-je pas disposé au câlin mystique à chaque minute de conscience reçue? Pardonne-le-moi, Seigneur. et merci d'avoir guéri les réveil de mes nuits.

 

paul yves wery - Chiangmai, juin 2010

 

 

 

 

 

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